Le groupe anglo-néerlandais Unilever, numéro trois de l'industrie alimentaire derrière Nestlé et Philip Morris, se trouve en pleine phase de restructuration. Les résultats trimestriels publiés vendredi reflètent cette situation de transition. Le géant de l'agroalimentaire a annoncé un bénéfice net (à taux de change constants) de 900 millions d'euros pour le deuxième trimestre 2001, en hausse de 52% par rapport aux 594 millions dégagés sur la même période de l'année 2000. Ce chiffre résulte principalement de gains exceptionnels réalisés par la vente de certaines marques (484 millions) – dont la société Campbell Soup – et permet de relativiser les importantes dépenses résultant des coûts d'acquisition de nouvelles sociétés et de la réorganisation interne.

Au deuxième trimestre 2001, le chiffre d'affaires a enregistré une hausse de 15% pour s'établir à 13,694 milliards d'euros. Quant au bénéfice net hors éléments exceptionnels et amortissements des survaleurs, il se monte à 841 millions, en progression de 8% par rapport à l'année précédente. Ces résultats, très proches des estimations avancées lors d'une conférence téléphonique donnée le 26 juin dernier par les dirigeants de l'entreprise, se sont montrés conformes aux attentes de la communauté financière. Pour l'ensemble de l'année, la direction a maintenu ses prévisions d'une croissance à deux chiffres.

Unilever va donc continuer à appliquer le programme de restructuration amorcé en février 2000. A cette époque, le groupe avait soudainement annoncé la suppression de 25 000 emplois et sa volonté de diminuer son portefeuille de marques de 1600 à 400 unités. Cette réorientation stratégique, qui devrait se poursuivre jusqu'à fin 2004, doit permettre à l'entreprise d'améliorer ses marges bénéficiaires.

Acquisitions ciblées

«Le recentrage sur 400 marques clés s'explique de deux manières, indique Anton Sussland, analyste auprès de Darier Hentsch & Cie. D'une part, cela permet à la société de réduire ses coûts de fonctionnement. D'autre part, elle peut se concentrer sur les segments qui présentent les taux de croissance les plus intéressants.» Pour l'instant, l'entreprise compte encore 970 marques. Parmi ces dernières, celles qui font partie des marques phares – dont Dove, Magnum, Lipton, Omo, Cif – représentent 84% des ventes.

Parallèlement à son repositionnement, Unilever mène une politique d'acquisitions ciblée sur des entreprises dont les noms sont bien connus chez les consommateurs. Slim Fast, Ben & Jerry's et Bestfood constituent les récents joyaux acquis par l'entreprise anglo-néerlandaise. Ces rachats pèsent actuellement lourd sur les comptes de la société, particulièrement celui de Bestfood (acquis en juin 2000 pour 24 milliards de dollars). Les intérêts résultant des emprunts nécessaires à ces acquisitions se sont montés à 409 millions d'euros pour le dernier trimestre, alors qu'ils atteignaient 55 millions d'euros il y a une année.

Interrogés sur le ralentissement actuel de l'économie mondiale, les deux coprésidents du groupe, le Néerlandais Anthony Burgmans et le Britannique Niall Fitzgerald, se sont montrés confiants: «L'économie ralentit dans plusieurs régions, mais le recentrage de notre portefeuille et les restructurations renforcent notre capacité à résister aux conditions difficiles.» Dans l'immédiat, les marchés restaient circonspects suite à l'annonce de ces résultats, le titre perdant 0,52% à la Bourse de Francfort pour s'établir à 9,50 euros.