électricité

Les groupes énergétiques allemands dans la tourmente

Alpiq n’est pas le seul producteur d’électricité en difficulté. Eon et RWE en Allemagne doivent couper leurs sociétés en deux

Eon, premier groupe énergétique allemand qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 116,2 milliards d’euros (128,95 milliards de francs), a présenté mercredi ses résultats au premier trimestre. Ils sont marqués par une chute de 30% du bénéfice opérationnel des grosses installations de production d’électricité, principalement des centrales à gaz et au charbon.

Les grands électriciens allemands, comme Eon ou RWE, tous deux en profonde restructuration, sont aussi confrontés à l’effondrement des prix du marché de gros en Europe au-dessous des prix de production.

Cette situation a contraint le groupe suisse Alpiq à mettre en vente 49% de ses participations dans l’hydroélectricité car le prix de vente moyen de 2,8 centimes le kWh ne couvre plus un prix de production de 6,5 centimes.

Les électriciens suisses accusent les autorités allemandes d’avoir faussé le marché par la promotion de l’injection automatique d’énormes quantités de nouvelles énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque) fortement subventionnées. Une aide annuelle de plus de 20 milliards d’euros, versée par les consommateurs allemands qui paient leur courant près d’un tiers plus cher qu’en Suisse, assure cette transition énergétique qui conduira à l’arrêt de la dernière centrale nucléaire en 2022.

Durant des années les grands producteurs allemands ont critiqué cette stratégie et refusé d’investir dans les énergies renouvelables. Confrontés à un endettement massif et à de graves difficultés financières, ils ont dû changer leur fusil d’épaule. Eon a affiché une perte de 6,37 milliards d’euros l’an dernier. Le numéro deux, RWE, traîne une dette de 25 milliards et a affiché une perte de 170 millions l’an dernier.

La barre est difficile à redresser. Des milliers d’emplois ont été supprimés et des activités à l’étranger ont été vendues, comme l’a aussi fait Alpiq dans un premier temps. RWE a réduit ses effectifs de 10 000 personnes et Eon a vendu ses champs de pétrole en Grande-Bretagne et en Norvège, tout comme ses activités en Espagne.

Le changement complet de stratégie, notamment par des investissements dans l’éolien en mer du Nord, et dans de vastes installations photovoltaïques, est amorcé. 13% de l’électricité produite par Eon est d’origine renouvelable. Cette part atteint 10% chez RWE. Mais c’est moins que la moyenne nationale, ce qui montre le retard des grands producteurs. 26% du courant produit en Allemagne est aujourd’hui d’origine renouvelable, contre 20% en 2011.

Malgré un mix énergétique très différent entre la Suisse (56% d’hydraulique, 40% de nucléaire) et l’Allemagne (5% d’hydraulique, 45% de charbon, 16% de nucléaire), les gros producteurs d’électricité sont confrontés aux mêmes problèmes.

Eon et RWE pensent que la solution, pour attirer de nouveaux capitaux et accélérer la mutation, consiste à scinder leurs sociétés en deux en créant une entreprise regroupant les énergies renouvelables et les réseaux, et une autre basée sur les «anciennes énergies». Les actionnaires d’Eon se prononceront le 8 juin à ce sujet.

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