finance

Guerre commerciale: les «faucons» mènent le jeu à Washington

Des doutes sur les négociations entre les Etats-Unis et la Chine ont mis les investisseurs sur le qui-vive. Les principales places financières ont reculé mercredi

Dans une semaine, le vice-premier ministre chinois, Liu He, rencontrera Robert Lightizer, le représentant américain au Commerce, à Washington. Le premier est un proche du président chinois, Xi Jinping. Le second est considéré comme un «faucon» partisan de la ligne dure vis-à-vis de la Chine. Les deux hommes reprendront les négociations dans le but de trouver une solution à la guerre commerciale qui empoisonne les relations entre la Chine et les Etats-Unis.

Les tensions sont vives également sur les marchés financiers, qui souffrent d’un manque de visibilité. Après un cafouillage de communication mercredi à Washington, la Maison-Blanche a tenu à confirmer le rendez-vous de la semaine prochaine. Ce qui n’a toutefois pas stabilisé les marchés. L’indice Vix qui mesure la volatilité a grimpé de 4 points à 21,01 points entre lundi et mercredi.

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En attendant la fin – le 28 février – de la trêve négociée début décembre par Donald Trump et Xi Jinping, la Chine multiplie les initiatives en faveur d’un apaisement. Passé cette date et sans un accord, Washington augmentera la surtaxe sur des importations chinoises de 10 à 25%. Mercredi, Pékin est allé au-delà de ses engagements déjà pris: achat de 1,3 million de tonnes de soja américain, annulation des surtaxes sur les voitures américaines, proposition de réformes en matière de protection de la propriété intellectuelle et de transfert de technologies et de l’obligation des investisseurs étrangers d’avoir un partenaire local.

Du blé américain pour la Chine

Désormais, Pékin parle d’acheter jusqu’à 7 millions de tonnes de blé, de quoi donner raison aux «faucons» de l’administration Trump. Selon l’agence Bloomberg, la Chine importerait d’abord de petites quantités, avant d’augmenter ses volumes «si les discussions se passent bien». Dans un autre registre, Pékin a annoncé mercredi qu’il n’entendait pas réduire l’achat des obligations américaines. Selon le China Daily de mercredi, la Chine en détient 1100 milliards de dollars, ce qui fait d’elle la plus grande créancière des Etats-Unis.

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«Un accord de paix est possible entre les deux grandes puissances commerciales, analyse Paul Flood, gérant de portefeuilles Multi-Asset chez Newton IM (BNY Mellon IM). Mais tout dépendra des concessions que la Chine accepte de faire pour satisfaire les revendications américaines.» Selon lui, les principaux obstacles restent les questions de protection de la propriété intellectuelle et l’accès au marché chinois pour les investisseurs américains.

Economie chinoise affaiblie

«Les Etats-Unis détiennent un plus grand pouvoir de négociation que la Chine, poursuit le gérant de la banque américaine. Les Chinois comprennent que la guerre commerciale a fini par affaiblir leur économie.» Toutefois, selon lui, les entreprises américaines insistent aussi sur une solution rapide à cette crise «parce qu’elles font partie de la chaîne de production mondiale dans laquelle la Chine est un maillon incontournable».

Tout en courbant l’échine, les autorités chinoises tablent sur les éléments modérés à l’intérieur de l’administration Trump pour parvenir à une solution. En effet, le dossier du commerce international y a fait apparaître deux écoles de pensée. La première, celle des pragmatiques dont Steven Mnuchin, secrétaire d’Etat au Trésor, et Larry Kudlow, conseiller du président Trump, qui sont partisans d’une une issue rapide de la crise tant avec la Chine qu’avec l’Union européenne. Steven Mnuchin a par exemple persuadé ses interlocuteurs chinois d’acheter davantage de produits américains.

«Des faucons» à l’œuvre

En face des pragmatiques se dressent les «faucons» dont Peter Navarro, président du Conseil du commerce attaché à la Maison-Blanche, Robert Lightizer, chef négociateur commercial, et Wilbur Ross, secrétaire au Commerce. La nomination de Peter Navarro en décembre 2016 avait déjà été interprétée comme un prélude à la guerre commerciale contre la Chine. Dans son livre Death by China (2011), il plaide en faveur d’une attitude agressive vis-à-vis de la Chine «responsable selon lui de la destruction de millions d’emplois aux Etats-Unis».

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«Robert Lightizer a une réputation d’expert des mesures de rétorsion, rappelle Hamid Mamdouh, un ancien haut cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Déjà dans les années 1980, il avait arraché un accord de restriction volontaire des exportations du Japon, pays devenu alors un concurrent des Etats-Unis.»

Hamid Mamdouh fait toutefois remarquer que tout Washington ne soutient pas la politique agressive et populiste menée par les «faucons» de l’administration Trump. «Les cercles qui s’intéressent au multilatéralisme, aux relations à long terme et qui croient aux règles et aux institutions prônent une autre approche», observe-t-il.

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