Gary Cohn, le principal conseiller économique de Donald Trump, a annoncé mardi 6 mars sa démission face à la décision du président américain de taxer les importations d'acier et d'aluminium. Il était l'un des artisans de la réforme fiscale adoptée en décembre.

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D’Asie aux Etats-Unis, en passant par l’Europe, les bourses mondiales ont évolué en dents de scie mardi, dans l’attente des détails sur les mesures protectionnistes promises par le président américain. La veille, le ton avait été donné par Wall Street, qui avait pris au sérieux les appels nationaux et internationaux demandant à Donald Trump de renoncer aux droits de douane punitifs de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium à l’importation. Mardi matin, les bourses, en progression, ont fait penser que Donald Trump allait obtempérer et que le spectre d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et leurs partenaires commerciaux s’éloignait quelque peu.

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Le républicain Paul Ryan, président du Congrès, est lui-même monté aux barricades. Dans un communiqué publié lundi, il a expliqué au président Trump que les mesures de sauvegarde seraient contre-productives pour l’économie américaine. Cette dissension exprimée en public entre le président et le président du Congrès était une première. Il faut dire que le constructeur de Harley-Davidson est situé dans l’Etat du Wisconsin, le fief de Paul Ryan et que Bruxelles a menacé de sanctionner ces fameuses motos si le président Trump devait aller de l’avant avec son projet.

La dissension dans l’entourage de Trump

Autre dissension dans l’entourage même du président: Gary Cohn, son conseiller économique, a convoqué une rencontre urgente à Washington avec les industriels de l’acier pour qui les nouveaux droits ne feraient que renchérir les prix de leurs produits finis. Il aurait même menacé de quitter son poste si son patron ne revenait pas sur sa décision.

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Le Club for Growth, une association des conservateurs américains, a aussi mis le président en garde, lui disant que les surtaxes sur l’acier et l’aluminium importés se feraient au détriment de l’économie américaine. Même la banque Goldman Sachs, qui se garde le plus souvent de prendre des positions publiques sur des décisions du gouvernement, a expliqué que des droits de douane réduiraient la compétitivité des Etats-Unis en augmentant les prix des matières premières.

L’UE ne resterait pas les bras croisés

Sur le plan international, l’Union européenne ne relâche pas non plus sa pression. Elle a confirmé mardi qu’elle déclencherait ses mesures de représailles contre les importations américaines sans même aller à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Son président, Jean-Claude Juncker, a fait comprendre que Bruxelles ne resterait pas les bras croisés, ajoutant qu’il entendait construire une alliance internationale pour contrer les mesures protectionnistes américaines.

Au niveau des institutions, le Fonds monétaire international et l’OMC ont demandé au président américain d’abandonner son plan. «Les restrictions à l’importation sont de nature à causer des dégâts non seulement hors des Etats-Unis mais encore à l’économie américaine elle-même, y compris à ses secteurs manufacturier et de la construction, qui sont de gros utilisateurs d’aluminium et d’acier», a indiqué Christine Lagarde dans un communiqué. Pour sa part, Roberto Azevêdo, directeur de l’OMC, a déclaré lundi que «nous ne pouvons ignorer les risques d’une guerre commerciale. Une fois que nous serons engagés sur cette voie, il sera extrêmement difficile d’inverser la direction. La pratique œil pour œil nous laissera tous aveugles et plongera le monde en profonde récession.»


Le Canada exempté?

Le Canada, premier fournisseur d’acier aux Etats-Unis, pourrait bénéficier d’une exception au cas où Washington irait de l’avant avec une surtaxe sur l’acier importé. Une demande faite dans ce sens de la part des entreprises américaines qui transforment le métal en divers produits finis a été plutôt bien accueillie.

Mais le président Trump a aussi promis que le Canada serait exempté des mesures de sauvegarde en cas de nouvel Accord de libre-échange nord-américain (Alena), qui regroupe les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Négocié par George Bush père et signé par Bill Clinton en 1994, cet accord a été largement critiqué par Donald Trump. Selon ce dernier, il pénalise les industries et les travailleurs américains.

La renégociation de l’Alena a débuté en mai dernier et le dernier tour vient de s’achever à Mexico, sans succès. Lors d’un entretien téléphonique lundi soir, Donald Trump et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ont néanmoins tous les deux «salué les progrès dans les négociations et souligné l’importance de les mener à bien».