Echanges

La guerre commerciale se précise

L’Union européenne et la Chine mettent en garde les Etats-Unis contre les conséquences néfastes de leur projet de surtaxer l’acier et l’aluminium à l’importation. La surenchère verbale s’intensifie

Tous les regards sont tournés cette semaine vers Washington. Donald Trump doit confirmer et détailler son projet de surtaxe qui devrait frapper l’acier et l’aluminium à l’importation. Jeudi dernier, en annonçant sur son compte Twitter une surcharge de respectivement 25% et 10% sur les deux métaux, le président américain a augmenté les risques d’une guerre commerciale, qui, selon la plupart des analyses, serait catastrophique pour l’économie mondiale.

Quelques indications ont tout de même filtré ces dernières 48 heures. Wilbur Ross, le secrétaire d’Etat au Commerce, a précisé samedi que les mesures de sauvegarde frapperont indistinctement tous les pays, y compris les pays «amis» dont le Canada et l’Union européenne (UE). La Chine a fait savoir qu’elle ne resterait pas les bras croisés. Pour sa part, l’Union européenne (UE) a rétorqué qu’elle avait déjà préparé sa liste de produits américains, allant du whisky bourbon aux jeans, en passant par les motos Harley-Davidson et le jus d’orange californien, qui seraient à leur tour frappés d’une surtaxe.

Surenchère de Trump

Dent pour dent, le président américain a fait de la surenchère et menacé cette fois de taxer également les voitures européennes entrant aux Etats-Unis. Si Washington mettait ses menaces à exécution, le coup serait particulièrement dur pour les constructeurs allemands. VW, Daimler et BWW ont exporté près de 500 000 voitures l’an dernier aux Etats-Unis, alors que leur production sur place s’élève à près de 800 000 unités.

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L’administration Trump a aussi pris du recul durant le week-end et a tenté de trouver une réponse aux nombreuses entreprises américaines selon qui les mesures annoncées par le président consisteraient à se tirer une balle dans le pied. En effet, constructeurs automobiles, fabricants de bière, commerçants et industriels rejettent l’initiative du président.

Par exemple, la MillerCoors a fait comprendre que le marché américain ne pouvait pas satisfaire la demande de feuilles d’aluminium nécessaires pour fabriquer des canettes de bière. «Nous achetons tout ce que nous pouvons, mais il n’y en a pas assez, a tweeté l’entreprise. Les travailleurs et consommateurs américains vont souffrir de cette décision irréfléchie.»

Canettes de bière

Réponse de Peter Navarro, conseiller du président en matière de commerce: l’administration américaine mettra en place une procédure qui permettra aux entreprises de demander une exemption des droits de douane sur les produits en acier et en aluminium qu’elles ne peuvent pas obtenir dans le pays. La veille, il avait insisté sur le fait que les surtaxes n’affecteront pas les entreprises américaines. «Il n’y a pas d’effet en aval ici», avait-il répondu sur les risques d’impact négatif sur les emplois.

Les marchés sont aussi dans l’expectative. Au lendemain de l’annonce du président Trump, toutes les places financières mondiales cédaient entre 1 et 2,5%. Lundi, les cours faisant du surplace même si, dans le détail, de nombreuses entreprises américaines comme Boeing et Caterpillar, ou encore les multinationales des métaux Glencore (Suisse) ou Vale (Brésil) ont subi des pertes. Aux Etats-Unis, le Dow Jones Industrial Average a cédé près de 1000 points en deux jours.

Machine arrière

A contrario, il y a aussi ceux qui se frottent les mains. Steelworks, l’association qui regroupe les aciéries américaines, s’attend à ce que «le président officialise les mesures annoncées la semaine passée». Les importations d’acier ont augmenté de 15% en 2017 par rapport à l’année précédente et occupent désormais 27% du marché national. Conséquences: «Un quart des capacités de production n’est pas utilisé, ce qui représente des milliers d’emplois sacrifiés», selon Steelworks.

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Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis Asset Management, espère qu’en fin de compte Donald Trump fera machine arrière. «Le risque est que des pays affectés mettent en place des mesures de représaille, dit-il. Une guerre commerciale ne se gagne pas car elle est pénalisante pour tous.» Il rappelle que des surtaxes avaient été mises en place par la présidence Bush au début des années 2000. Et d’ajouter: «Cela avait permis de sauver 3500 emplois chez les producteurs d’acier, mais avait engendré entre 12 000 et 15 000 suppressions de postes dans les entreprises utilisatrices d’acier.»

En effet, devant l’impact négatif dans le pays et la condamnation de la mesure à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le président Bush avait fini par renoncer. Le président sortant, Barack Obama, avait aussi imposé une surtaxe sur les pneus chinois. Puis, il avait fait machine arrière.

A Genève, les membres de l’OMC ont pris acte des risques liés à l’éventuelle surtaxe américaine. Réunis lundi au conseil général, une dizaine de membres, dont Pékin, ont dit «sentir l’odeur d’une guerre commerciale». Outre la Chine, d’autres poids lourds du commerce mondial, comme l’UE, le Japon et le Brésil, ont dénoncé une décision américaine «illégitime».

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