C’est un retournement de veste de grande ampleur auquel s’est livré Coop ce week-end. Un mois après une interview remarquée dans laquelle il traitait de profiteurs les Suisses prêts à faire leurs courses à l’étranger, le patron Hansueli Looseli a lancé une vaste offensive relayée par la presse dominicale. Cette fois, ce sont les «multinationales» qui se voient taxées de «profiteurs du taux de change» sur des affichettes dans les rayons et sur le site internet du distributeur, dont la page d’accueil est barrée d’un «trop c’est trop». Une poignée de marques y sont clouées au pilori, et seront retirées des rayons si elles n’adaptent pas leurs prix.

S’il se réjouit de cet «excellent mouvement», le secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC), Mathieu Fleury, ne se veut pas dupe de «l’important volet marketing» de ce revirement, «ce d’autant que l’opération est liée à une liquidation de stocks. Ils étaient lassés d’être la cible des critiques et ont enfin réagi», se félicite-t-il. Denner avait été le premier à annoncer une baisse de prix, vendredi, sur une cinquantaine de produits, de la bière aux couches-culottes. Migros a confirmé hier avoir donné un délai jusqu’à vendredi dernier à ses fournisseurs pour baisser leurs prix, et que les conclusions seraient tirées cette semaine. Des retraits de produits ne sont toutefois pas envisagés.

Au-delà de ces effets d’annonce, des statistiques publiées lundi montrent que les prix des bien importés ont baissé de 1,1% en juillet, poursuivant un recul amorcé en mai dernier. Mais l’indice apparaît toujours déconnecté du cours du franc. Il est par exemple resté vissé à un plus haut historique jusqu’en mai dernier, équivalant à celui enregistré en décembre 2008, alors que l’euro valait 1,50 franc. La baisse de 2,3% cumulée ces trois derniers mois laisse aujourd’hui l’indice des biens importés au même niveau qu’en septembre 2010, lorsque la monnaie unique s’échangeait contre 1,32 franc. L’euro a frisé la parité avec le franc mardi dernier, avant de remonter à 1,13 ce lundi.

Ce niveau toujours très élevé de l’indice des biens importés s’explique en partie par le prix du pétrole, qui reste plus élevé de 9,5% qu’en décembre dernier. Mais pas seulement. Des secteurs comme l’automobile ou l’habillement n’ont presque pas bougé depuis le début de l’année, alors que le franc s’appréciait de près de 20% face au dollar. Malgré une baisse de 2,2% en juillet, les produits alimentaires importés restent 0,5% plus chers aujourd’hui qu’il y a huit mois. Dans le secteur de l’habillement – qui représente 4,3% des ventes d’un distributeur comme Coop –, les prix ont augmenté de 1,3% en janvier et n’ont plus bougé depuis. Sur un an, ils affichent même une hausse de 0,2%. Les textiles sont aussi en hausse de 4,8% sur un an, alors que l’euro perdait 15% face au franc. Les plus fortes baisses se sont fait sentir dans le secteur informatique, où les prix étaient en recul de 3,2% le mois dernier et de 8% sur l’année. Les autres plus fortes baisses s’observent sur les produits agricoles (–5,6%), les chaussures et les produits en cuir (–4,5%).

Coop indique concentrer son opération «trop c’est trop» sur l’alimentaire, et qu’il n’est pas question pour l’heure de l’étendre à d’autres secteurs comme l’habillement. «Dans ce domaine, c’est surtout le dollar faible qui doit faire partie des réflexions», indique une porte-parole.