La crise du Kosovo se superpose aux difficultés chroniques de la Macédoine, la menaçant d'un effondrement économique que seule une aide internationale d'urgence peut éviter.

«La perte de marchés, les coûts supplémentaires dus à l'allongement» des distances et temps de transport des marchandises, «l'inscription de la Macédoine dans les zones à risques, qui a entraîné l'annulation d'investissements étrangers, tout cela laisse prévoir un effondrement économique à moins qu'un soutien financier international nous soit accordé», a déclaré la vice-présidente du gouvernement Radmila Kiprijanova.

Le pays connaissait déjà de graves problèmes, dans la période de transition après la dislocation de la Yougoslavie socialiste il y a sept ans. La crise est devenue aiguë avec l'afflux de dizaines de milliers de réfugiés albanais du Kosovo, et la rupture de ses voies naturelles commerciales, pour 90% via la Yougoslavie. Skopje attend donc beaucoup de la conférence d'urgence des donateurs de la Macédoine qui doit se réunir à Paris le 5 mai.

Foyer de stabilité menacé

«Bien que petit pays, la Macédoine s'est montrée un promoteur de la paix et un facteur de stabilité dans la région. Sa situation économique pourrait remettre en cause sa capacité à conserver ce rôle», avertit Mme Kiprijanova.

La conférence de Paris, organisée par la Banque mondiale, le FMI et l'Union européenne, devrait élargir son soutien à la balance des paiements et au budget de la Macédoine, espèrent les dirigeants de Skopje. Ils comptent sur 50 à 100 millions de dollars d'aide financière d'urgence: «C'est ce qui est nécessaire aujourd'hui», souligne Mme Kiprijanova. La vice-présidente du gouvernement rappelle que son pays est une victime directe des effets des bombardements de l'OTAN contre la Yougoslavie.

Non seulement 90% de ses importations et exportations se faisaient à travers le territoire yougoslave, mais la Yougoslavie était le principal partenaire commercial de la Macédoine, avec 15% ou 485 millions de dollars du total des échanges – 3236 millions en 1998 –, devant l'Allemagne, les Etats-Unis, l'Italie, la Grèce et la Slovénie. A part la Grèce et l'Italie, tous les échanges se faisaient via le territoire yougoslave.

Enclavée, la Macédoine a hérité de l'époque yougoslave d'un réseau ferroviaire déficient, et aucune voie ferrée ne la relie à l'Albanie ou à la Bulgarie. Les matières premières n'arrivent plus, ce qui a provoqué la fermeture des principales usines, métallurgiques, chimiques et textiles.

Antonija Josifovska, enseignante à l'Institut macédonien d'économie, estime les pertes économiques probables cette année à 1,6 milliard de dollars, sans compter le coût des réfugiés, qu'elle chiffre à 200 millions par mois. La Macédoine avait déjà perdu 3,5 milliards de dollars à cause des sanctions appliquées à la Yougoslavie depuis la guerre de Bosnie, et l'aide étrangère promise ne s'est jamais concrétisée.

Tous les plans macroéconomiques élaborés par les politiciens du pays ont échoué, a-t-elle ajouté, «un nouveau plan de revitalisation de l'économie du pays et de la région devrait être appliqué, quelque chose comme le plan Marshall».