La guerre du Kosovo profite-t-elle aux valeurs de la défense américaine? Plusieurs sociétés ont vu le cours de leurs actions augmenter ces derniers jours. C'est le cas notamment de Raytheon, premier missilier au monde, le manufacturier du Tomahawk: son action a gagné près de 3% en une semaine de conflit alors que le Dow Jones ne gagnait que 2,5%. A la hausse, on trouve encore les titres de Boeing (avions F-15), General Dynamics (construction marine) et United Technologies (hélicoptère Sikorsky). Northrop Grumman a connu moins de succès. Le constructeur du chasseur furtif F-117, dont un exemplaire a été abattu par la DCA serbe, a vu son action reculer de 1,4% depuis le début des hostilités. L'armement européen ne connaît pas de mouvements comparables. Les industriels du Vieux Continent ont peu de matériel engagé au Kosovo à cause de la structure même de l'OTAN, organisation sous forte influence américaine.

De nombreux analystes préfèrent relativiser les mouvements de hausse de la défense sur le marché américain, même si le Dow Jones a terminé pour la première fois au-dessus des 10 000 points cette semaine. «Ce type de conflits a surtout un effet marketing pour ces compagnies, souligne l'analyste Françoise Jabouille, qui rappelle le succès à l'export du missile Patriot de Raytheon après la Guerre du Golfe. Le marché de l'armement réagit plus à des tendances de fond.» Pour Pierre-Yves Brack, de la banque privée Rotschild, «bon nombre de ces valeurs ont enregistré de mauvaises performances ces derniers mois. L'action Lockheed est passée de 50 à 35 dollars entre novembre et mars dernier. Elle se situe aujourd'hui aux alentours de 40 dollars».

Pour nos deux interlocuteurs, le conflit du Kosovo ne modifiera pas profondément l'industrie de la défense. «Dans ce secteur, c'est l'Etat qui oriente la marche des affaires, commente Françoise Jabouille. Aux Etats-Unis par exemple, le Département de la défense a complètement organisé les restructurations dans l'armement pour favoriser l'émergence de quelques grands acteurs.»

La multiplicité des opérations de police internationales peut changer la donne. La presse américaine reportait mercredi les craintes de ruptures de stocks de l'armée pour les opérations au Kosovo, notamment concernant les missiles largués par les bombardiers B-52. Outre la situation dans les Balkans, les Américains entretiennent une forte présence militaire dans le golfe Persique pour surveiller l'Irak. «Le Pentagone a toujours la doctrine de pouvoir mener deux guerres et demie à la fois», rappelle Jean Guellec, rédacteur en chef de la Revue française de Géoéconomie. Une ligne politique qui implique des moyens. De nombreuses voix s'élèvent aux Etats-Unis pour demander une augmentation du budget militaire (270,5 milliards de dollars en 1999). Elles pourraient bien être entendues dans les négociations sur le prochain budget de la défense.