Combien? 497 millions d'euros, ou alors 777,5 millions, auxquels il faudrait ajouter 3 millions par jour? Plus une semaine ne passe sans que la Commission européenne (CE) élève un peu plus le ton face à Microsoft et brandisse de nouvelles menaces d'amende. En face, la firme de Seattle joue la montre avec un flegme qui trahit facilement le peu de cas qu'elle fait des injonctions de Bruxelles.

Cette semaine, comme le révélait jeudi le Financial Times, la CE exigeait de Microsoft qu'il révèle à peu de frais, voire pour rien, des informations techniques sur les versions de Windows pour serveurs. Microsoft demande en effet au maximum 5,95% du chiffre d'affaires d'éditeurs de logiciels tiers, qui sont très souvent des concurrents. La firme de Bill Gates estimait jeudi que ses tarifs étaient corrects.

On remonte ainsi aux sources du conflit entre Bruxelles et l'éditeur de logiciels. En 1998, la CE le soupçonnait d'abus de position dominante et démarrait une vaste enquête, qui aboutissait à l'amende de 497 millions d'euros infligée en 2004. Microsoft est passé à la caisse, mais a fait recours. Or quasi rien n'a été réglé, selon la CE: Microsoft continue d'abuser de sa position, de discriminer ses concurrents en leur fournissant au compte-gouttes des informations lacunaires, et pourtant très utiles pour assurer l'interopérabilité entre les systèmes. Neelie Kroes, commissaire européenne à la Concurrence, décidait d'agir en infligeant une amende de 1,5 million d'euros du 16 décembre 2005 au 20 juin 2006. Microsoft n'a pas payé, a recouru et n'a pas agi. Du coup, Neelie Kroes a dégainé la possibilité de créer une troisième amende de 3 millions d'euros par jour.

La commissaire s'alarme de la domination de plus en plus forte exercée par Microsoft sur le marché des serveurs: selon Neelie Kroes, sa part de marché était de 35 à 40% en 1999, elle est passée à 60% en 2003 pour atteindre aujourd'hui 70 à 75%. Ces chiffres sont-ils dus à l'inventivité de Microsoft, qui a déposé de nombreux brevets et séduit de plus en plus d'entreprises? Ou alors est-ce le fruit d'une mise à l'écart progressive de la concurrence via des méthodes illicites? Pour l'heure, la CE semble avoir de la peine à établir clairement les faits, une faille vite repérée par Microsoft.

Nouveau front

Bruxelles veut aller plus loin en ouvrant un nouveau front: le 27 mars, elle demandait à plusieurs sociétés, dont IBM et Sun Microsystems, de lui indiquer si Microsoft les empêchait de créer des logiciels compatibles avec la suite Office (Word, Excel, etc.). La guerre d'usure entre Bruxelles et Seattle repart donc de plus belle.