Le bras de fer entre les anciens pilotes de Crossair et Swiss prend une nouvelle tournure. La compagnie a annoncé lundi soir qu'elle suspendait avec effet immédiat 52 pilotes de Saab 2000.

Cette mesure disciplinaire fait suite à une lettre ouverte qu'ils ont adressée à la direction et au conseil d'administration de Swiss, avec copie à l'Office fédéral de l'aviation civile. Vendredi dernier, ces pilotes dénonçaient la précarité de leur situation, suite à la restructuration annoncée en début d'année. Celle-ci, affirment-ils, pourrait avoir des répercussions sur la sécurité dans le poste de pilotage.

Swiss a aussitôt fait appel à des experts pour vérifier l'aptitude de tous les pilotes signataires de la lettre. «La sécurité est assurée, mais nous devons procéder à une mesure approfondie de la situation. Les 52 pilotes suspendus pourraient reprendre leur service au terme de l'évaluation», dit Jean-Claude Donzel, porte-parole de la compagnie.

Du côté du syndicat des ex-pilotes de Crossair, Swiss Pilots, c'est l'incompréhension. «Nous n'avons pas été avertis de la démarche des 52 pilotes. Cette lettre est contre-productive. Elle est écrite sous le sceau de l'émotion et de la pression. Nous ne soutenons pas de telles initiatives. Nous utilisons d'autres moyens pour assurer des emplois», déclare Christoph Frick, président de Swiss Pilots.

Le combat entre Swiss et les anciens pilotes de Crossair ne date pas d'hier. Les tensions trouvent leur origine dans une Convention collective de travail (CCT) différente de celle proposée aux ex-pilotes de Swissair à la création de Swiss.

En trois ans et trois restructurations, les emplois des ex-pilotes de Crossair ont diminué de moitié, passant de 1050 à un peu plus de 500.

Manifestations, menaces de grève et plaintes ont rythmé les licenciements. Dernier épisode en date: début mai, suite à la résiliation de la CCT des ex-pilotes de Crossair par la compagnie, Swiss Pilots a déposé une plainte auprès du Tribunal arbitral de Bâle. Le syndicat affirme que le non-respect du contrat de base a conduit à réduire de manière drastique le nombre de pilotes de Crossair et à les discriminer.

En vertu d'une convention signée par les deux parties en juillet 2003, les licenciements n'auront lieu qu'à partir du mois de novembre, soit à l'expiration de la CCT des ex-pilotes de Crossair. Pour Swiss, la situation devrait être progressivement normalisée d'ici à deux semaines. Hier, moins de 100 passagers ont été concernés par la suspension des vols.