Technologie

La guerre des puces ne fait que commencer

L’embargo américain contre Huawei illustre l’importance des puces pour smartphones, un marché totalement dominé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les Chinois vont tenter de rattraper leur retard

Ce sont des puces de quelques millimètres, vendues chaque année à des milliards d’exemplaires. C’est un marché pesant plus de 475 milliards de dollars par an. Et c’est surtout une industrie totalement dominée par les Etats-Unis. L’écrasement de Huawei, décidé par l’administration Trump, met en lumière la mainmise américaine sur l’industrie des semi-conducteurs. Ses géants ont ainsi le droit de vie ou de mort sur des multinationales étrangères.

Ces dernières heures, Intel, Qualcomm, Broadcom, Micron Technology et Western Digital ont coup sur coup annoncé la fin de leur collaboration avec Huawei, accusé par les Etats-Unis d’espionnage à la solde de Pékin. La perte de Google et de son système d’exploitation Android, lundi, avait déjà durement affecté le fabricant chinois. Car créer un logiciel comparable pourrait prendre des mois. Et concevoir ses propres puces pourrait coûter plusieurs années à Huawei.

La Chine en retard

La Chine a beau être devenue l’usine mondiale de la technologie, elle n’est presque rien sur la carte des semi-conducteurs. «La construction de composants complexes, tels que les circuits radio, exige des compétences spécialisées en électronique, en physique et en mathématiques que peu de pays possèdent, estime Neil Mawston, directeur de la société britannique de recherche Strategy Analytics. Intel a construit les puces les plus populaires pour PC dès les années 1980, puis Qualcomm a conquis les smartphones dès les années 2000. Les Etats-Unis ont un très fort héritage en matière de puces électroniques qui remonte à près d’un demi-siècle.»

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Ainsi, sur le seul marché des processeurs pour smartphones, Qualcomm détient 45% des parts mondiales, devant Apple (17%) et le coréen Samsung (14%), selon Strategy Analytics. Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Car ces puces sont quasiment toutes dessinées par une société, ARM, qui autorise ses partenaires à les fabriquer via des contrats de licence. Rachetée en 2016 pour 31 milliards de dollars par le japonais Softbank, la société est basée au Royaume-Uni. Mais comme elle possède des équipes de recherche au Texas et en Californie, elle devra se plier à l’embargo décidé par Washington contre Huawei.

ARM, si puissant

ARM est le symbole d’une industrie qui échappe encore totalement aux Asiatiques – sans mentionner les Européens. «ARM est au cœur de chaque smartphone vendu aujourd’hui, impossible d’en fabriquer un sans cette société, poursuit Neil Mawston. Dès les années 2000, ARM a développé les technologies et les brevets les plus puissants, écartant des rivaux de la taille d’Intel.» Et cette avance n’est pas négligeable. «Cela peut prendre des années à une société américaine pour concevoir une seule puce. Disons que vous disposez de 5000 ingénieurs qui peuvent examiner une puce et tenter de la recréer via du reverse engineering. D’ici là, l’entreprise américaine a déjà deux générations d’avance sur vous», expliquait l’an passé un responsable de la Semiconductor Industry Association américaine au site spécialisé Quartz.

Huawei, dont la filiale HiSilicon utilise les brevets de… ARM, est donc sous pression maximale. D’autant que des avertissements avaient déjà eu lieu. Mais sans doute trop tard. «Les Etats-Unis ont été les premiers et nous, les Chinois, devons encore faire beaucoup de choses, avait déclaré il y a un an Jack Ma, cofondateur du géant chinois de l’e-commerce Alibaba. Les Américains contrôlent 100% du marché des puces. Et si, soudainement, ils arrêtaient de les vendre? C’est pourquoi la Chine, le Japon, chaque pays, nous devons maîtriser des technologies cruciales.»

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