L’invasion de l’Ukraine a poussé des pays à s’unir pour couper leurs liens financiers et économiques avec la Russie. Cette guerre économique contre la Russie met, de facto, fin au processus de mondialisation observée depuis une trentaine d’années, estime Larry Fink, le patron de BlackRock, le plus grand gérant d’actifs au monde, dans sa traditionnelle lettre aux actionnaires, diffusée ce jeudi. Le financier américain s’attend aussi à ce que cette guerre accélère la transition écologique, mais pas dans l’immédiat.

C’est au début des années 1990, à la fin de la guerre froide, que la Russie a été intégrée au système financier international, rappelle Larry Fink, qui a fondé BlackRock en 1988, justement pour répondre aux besoins d’investissement qu’allait créer la mondialisation. Cette période d’intégration économique a pris fin lorsque des gouvernements du monde entier ont décidé d’imposer des sanctions envers Moscou. Le secteur privé a aussi participé au mouvement, allant parfois au-delà des décisions des Etats, relève encore le financier américain de 69 ans.

Accentuer des réflexions issues de la pandémie

Selon lui, le monde d’après poussera les acteurs économiques à réexaminer leurs chaînes d’approvisionnement, ce qu’ils avaient déjà commencé à faire à cause du covid. Des pays comme le Mexique, le Brésil ou les Etats-Unis pourraient bénéficier du rapprochement qui va s’accélérer entre les lieux où la production s’effectue et les lieux où elle se consomme, selon Larry Fink.

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Egalement initiée par la pandémie, l’inflation sera une autre caractéristique de ce monde nouveau. Energie et produits alimentaires vont continuer à pénaliser les ménages les plus modestes, puisque les salaires n’ont pas suivi l’augmentation des prix. Les banques centrales devront choisir entre tolérer une inflation plus vive et soutenir l’activité économique ou freiner la hausse des prix avec le risque de ralentir la croissance économique.

Bon pour les monnaies numériques

La guerre en Ukraine pourrait aussi pousser les gouvernements à accélérer leurs projets de monnaie numérique. Pour atténuer leur dépendance envers les principales devises de la planète et pour gagner en efficacité dans les opérations internationales, avance encore Larry Fink.

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Enfin, les pays ne possédant pas leur propre source d’énergie vont devoir financer et développer leurs propres capacités, ce qui signifiera pour beaucoup d’entre eux investir dans le solaire et l’éolien. Avec des prix élevés de l’énergie, les renouvelables seront plus compétitifs sur le plan économique. Deux raisons qui devraient accélérer la transition écologique, selon Larry Fink, même si à court terme la consommation d’énergies fossiles devrait progresser.