Goût de l’indépendance (4)

Guillaume Taylor: «J’étais convaincu que mon métier de gérant de fortune devait radicalement changer»

Le gérant de fortune Guillaume Taylor a plongé dans la finance durable par conviction. Mais aussi en raison de la pression sur le secret bancaire

«J’étais convaincu que mon métier de gérant de fortune devait radicalement changer»

Finance Le gérant de fortune Guillaume Taylor a plongé dans la finance durable par conviction

Mais aussi en raison de la pression sur le secret bancaire

Certes, il fait vraiment très chaud ce jour-là à Genève. Mais le col de la chemise ouvert, ce n’est vraiment pas dans la tradition du gérant de fortune helvétique, ordinairement cravaté jusqu’au dernier bouton. Surtout lorsque l’on descend d’une illustre famille de la Cité de Calvin, que l’on est parfaitement intégré à la meilleure société et que l’on a un solide passé dans la banque privée.

Guillaume Taylor le reconnaît, il a dû se déboutonner. Pas seulement à cause du record de chaleur ce jour-là, mais de manière durable, pour le bien de ses affaires. Il est l’un des très rares praticiens de l’«impact investing» en Suisse. Sa spécialité, c’est d’investir l’argent de ses clients dans des entreprises non cotées en bourse situées dans des pays en développement, en portant une attention redoublée aux conséquences sociales et environnementales de son action.

C’est à 45 ans que le gérant de fortune a effectué le grand saut vers l’inconnu. Un âge où l’on tend plutôt à consolider des positions acquises et à accroître la zone de confort, surtout lorsque l’on est bien installé et que l’on gagne plus que correctement sa vie. En 2010, il quitte de Pury Pictet Turrettini & Cie pour créer sa propre structure, Quadia.

Les premiers mois, il œuvre seul dans un bureau qu’il partage avec d’autres spécialistes de la finance durable. Puis il élargit progressivement son équipe, qui compte à ce jour sept personnes. La société finance aujourd’hui vingt projets et elle est rentable depuis l’année dernière. Entre-temps, il a dû revoir en profondeur ses manières de travailler, d’allouer ses fonds et de choisir ses partenaires. «Lorsque quelqu’un vient vous présenter un projet de développement avec une grosse Rolex au poignet, vous ne pouvez plus l’accueillir sans vous poser de sérieuses questions», note-t-il.

Guillaume Taylor a pris son envol alors que la gestion de fortune était sous forte pression à cause de la disparition progressive du secret bancaire. «J’avais la conviction que ce métier devait radicalement changer à cause de la pression des événements. Mais je pense qu’aujourd’hui, tout investissement devrait prendre en compte le risque de ne pas se préoccuper de la dimension sociale et environnementale.»

Pas facile de prendre ce genre de virage lorsque l’on est un descendant par sa mère de la famille Fatio, qui a donné à Genève nombre de banquiers, industriels et professeurs d’université. Surtout au milieu d’une carrière classique dans la finance: six ans au département financier de la multinationale américaine Intel, puis sept autres années comme gérant de fortune dans la banque privée Darier Hentsch, établissement qu’il quitte en 2002 pour rejoindre de Pury Pictet Turrettini, juste de l’autre côté de la rue. Le gérant de fortune Charles Turrettini l’introduit dans l’univers très fermé des grandes familles patriciennes genevoises, qui forment la colonne vertébrale de la banque protestante.

C’est son engagement au sein de l’Eglise réformée – il est membre du conseil de paroisse Saint-Pierre-Fusterie, le cœur du calvinisme genevois – qui vaut à Guillaume Taylor son implication dans la finance durable. En 2000, il entre au conseil d’administration d’Eclof, l’une des plus anciennes institutions de microfinance, fondée à Genève en 1946. Dès 2003, il place l’argent de ses clients dans ce type d’investissement. Enfin, il fonde Sustainable Finance Geneva (SFG) en 2008 avec une autre pionnière de la finance durable genevoise, Angela de Wolff.

Mais sa singularité, Guillaume Taylor la cherche dans sa jeunesse internationale. De père britannique, il passe son adolescence aux Etats-Unis jusqu’à la fin de ses études dans une école hôtelière à Boston. Il commence sa carrière à Londres, puis à Paris. Ce n’est qu’en 1995 qu’il rentre à Genève. Avec les armes pour faire le grand saut dans un domaine où il joue un rôle pionnier.

C’est son engagement au sein de l’Eglise réformée qui lui vaut son implication dans la finance durable

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