A deux heures de route de Hongkong, le district de Guiyu, dans la province chinoise du Guangdong, a gagné la réputation de principal e-dépotoir de la planète depuis que ses autorités se sont lancées dans le business lucratif du recyclage des déchets électroniques au début des années 2000. Ici s'amoncellent des tonnes d'ordinateurs usagés dont les utilisateurs des pays riches - principalement des Etats-Unis mais aussi d'Europe - ne veulent plus. Ils sont dépecés par une population de travailleurs migrants évaluée à 100000 personnes, œuvrant dans des conditions proches de l'esclavage et sans la moindre protection contre les risques pour la santé d'une telle opération. Ces immigrés sont issus de la vaste population rurale inoccupée des provinces intérieures qui n'a souvent d'autre choix que de quitter ses terres pour survivre.

Matériaux toxiques

Pour moins de 100 francs par mois, ces ouvriers désossent écrans, claviers et disques durs pour récupérer les matières plastiques, les composants électroniques, les parties métalliques, le cuivre, l'aluminium ou l'or. Ces déchets toxiques (contenant du plomb, du chrome, du mercure ou du cadmium) sont à l'origine d'une vaste pollution contaminant l'eau, les sols et l'air de la région.

Selon un documentaire commandité par le Basel Action Network (BAN) il y a quelques années, la teneur en plomb des sols est par exemple 200 fois supérieure à la normale et celle de l'eau 2400 fois supérieure aux limites fixées par l'Organisation mondiale de la santé. Résultat: 80% des enfants sont atteints d'insuffisances respiratoires et de saturnisme.

«La pointe de l'iceberg»

Ce trafic, illégal, est contrôlé par les pouvoirs locaux (qui écartent les journalistes), derniers relais d'un réseau impliquant principalement des hommes d'affaires hongkongais et taïwanais et profitant en dernier ressort aux pays développés qui se débarrassent à bon compte de leurs déchets.

Avare de commentaires sur le sujet, le pouvoir chinois reconnaissait fin 2003, à travers un article publié par l'agence Chine nouvelle, que 80% des déchets électroniques dans le monde étaient importés en Asie et parmi ceux-ci 90% terminaient leur course en Chine. Toujours selon cette agence officielle, Guiyu ne serait que la «pointe de l'iceberg». Plusieurs autres districts du Guangdong se sont spécialisés dans ce commerce ainsi que d'autres régions dans les provinces du Zhejiang, du Hebei, du Hunan et du Jiangxi.