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Gunvor est à nouveau embarrassé par ses intermédiaires en Afrique

Le négociant genevois est critiqué pour avoir obtenu un cargo de brut six semaines avant sa mise sur le marché officielle. L’ONG Public Eye y voit la preuve qu’il reste possible de «piper les dés» dans les ventes de pétrole. Gunvor admet des dysfonctionnements, mais rejette la responsabilité sur un ex-collaborateur

Gunvor est à nouveau épinglé par Public Eye pour ses activités en Afrique. En septembre, l’ONG publiait une vidéo mettant en scène un ex-intermédiaire et un ancien cadre du négociant genevois (filmés à leur insu) en train de détailler le versement de pots-de-vin à des dirigeants congolais. Sa dernière enquête, publiée mercredi, pointe la chronologie douteuse d’une transaction en Côte d’Ivoire et l’ombre d’un intermédiaire sulfureux qui plane sur l’ensemble de l’affaire.

La transaction, réalisée en mars 2014, porte sur 650 000 barils de pétrole brut ivoirien. Dans un courriel envoyé par un cadre de Gunvor à l’entreprise d’Etat ivoirienne Petroci – dont Le Temps a reçu copie –, on pouvait lire: «Nous comprenons que le prochain cargo […] est alloué à la société Gunvor, ce dont nous vous remercions.»

Un cargo nommé Espoir

A priori rien de répréhensible, si ce n’est le timing de l’échange. Le courriel est daté du 4 novembre. Soit six semaines avant l’appel d’offres émis en décembre par Petroci pour son cargo Espoir. Dans sa réponse à Gunvor, la compagnie basée à Abidjan ne contredit pas cette affirmation.

Selon Public Eye, le Ministère public de la Confédération (MPC) se penche désormais sur l’obtention de cette cargaison. Le négociant est en effet mis en prévention depuis l’année dernière, dans le cadre de ses affaires au Congo-Brazzaville, pour «défaut d’organisation». Interrogé par Le Temps, le MPC évoque «le secret de l’instruction» avant de décliner tout commentaire sur l’enquête en cours.

Lire aussi: Un trader déchu réclame 30 millions de dollars à Gunvor

Communication «non professionnelle»

Gunvor, fondé par l’oligarque russo-finlandais Guennadi Timtchenko et le Suédois Torbjörn Törnqvist, évoque une «communication non professionnelle» émanant d’un ancien employé, mais souligne la licéité du processus. «Le fait est que Petroci a organisé un appel d’offres en décembre 2013. Gunvor a fait une offre compétitive, et a obtenu – parmi d’autres compagnies – un seul cargo», soutient un porte-parole dans sa réponse au Temps.

Concernant l’enquête du MPC, Gunvor évoque une «resucée» d’informations (repackaging) en lien avec d’anciens employés impliqués dans l’affaire du Congo-Brazzavile.

Au cœur des affaires ivoiriennes du négociant, on retrouve en effet une vieille connaissance de Gunvor et du Ministère public de la Confédération: le même intermédiaire qui s’était fait filmer alors qu’il évoquait des projets de corruption au Congo.

Intermédiaire déchu mais présent

Ce vétéran de la Françafrique, Olivier B., condamné en 2009 pour blanchiment d’or, dirigeait derrière deux hommes de paille le cabinet Petro-Consulting Abidjan, engagé pour «promouvoir les compétences de Gunvor» auprès de Petroci.

Contacté par Public Eye en février dernier, il confirme qu’il «était à la manœuvre» dans l’affaire ivoirienne, pour laquelle il a «encaissé 200 000 dollars» de Gunvor, selon l’enquêteur de l’ONG Marc Guéniat. Pour ce dernier, cette affaire montre qu’il est «possible de piper les dés des ventes de pétrole dès lors que les contrats ne sont pas rendus publics».

Gunvor assure de sa bonne foi

Comment cet intermédiaire s’est-il retrouvé mêlé à l’affaire ivoirienne alors que Gunvor affirmait avoir coupé les ponts avec lui depuis le 30 janvier 2013? Le négociant évoque un paiement pour «un travail rendu avant d’être disqualifié par le département de compliance [mise en conformité, ndlr]». Gunvor souligne aussi avoir mis à jour ses procédures internes et diversifié ses auditeurs, et proteste de sa bonne foi: «Aucun rapport ne nous a avertis de l’implication de cet intermédiaire dans Petro-Consulting.»

Le principal intéressé soutient quant à lui que l’affaire était licite: «Avec 200 000 dollars de rémunération, je n’aurais simplement pas pu payer des tiers.» Depuis cette affaire, Gunvor s’est retiré du marché du brut ivoirien.

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