Commerce

Pour Guy Parmelin, le potentiel du Mercosur est «énorme»

Les pays de l’AELE ont signé un accord de libre-échange avec le grand marché commun sud-américain. Le conseiller fédéral chargé de l’économie a qualifié cet accord de succès lors d’une conférence de presse. Quelques heures plus tôt, l’Union européenne a menacé de ne pas concrétiser son propre traité avec le Mercosur si l’Amazonie continuait de brûler

Les négociations duraient depuis deux ans; elles ont finalement abouti. L’AELE, dont fait partie la Suisse, et le marché commun de l’Amérique du Sud Mercosur ont conclu un accord de libre-échange, a indiqué vendredi soir le Département fédéral de l’économie (DFER).

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Le texte doit encore être ratifié, ce qui se fera vraisemblablement d’ici à 2021, a précisé samedi en fin d’après-midi le conseiller fédéral chargé de l’économie Guy Parmelin. L’accord devrait permettre à 95% des exportations suisses à destination des pays sud-américains que sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay d’être exonérées des droits de douane, relève l’agence Keystone-ATS.

Un pied d’égalité avec l’UE

Tout juste arrivé de Kazan (il était en Russie pour assister à la compétition mettant en concurrence des apprentis du monde entier), Guy Parmelin a tenu une brève conférence de presse à l’aéroport de Zurich. Il a pointé notamment trois éléments relatifs à l’accord.

«D’abord, le potentiel pour nos entreprises sur ce marché de 260 millions de consommateurs est énorme et il est important que nos PME y aient accès. Ensuite, cet accord nous met sur le même pied d’égalité que les entreprises de l’Union européenne qui ont conclu un accord de principe similaire le 28 juin dernier avec cette même région. Sans cette équivalence, nos entreprises seraient fortement discriminées et cela aurait pu nous valoir des pertes d’emplois.»

Troisième chose: cet accès facilité permet à la Suisse de renforcer et de stabiliser ses exportations à l’heure où les guerres économiques entre grandes puissances génèrent une grande imprévisibilité. «Tout ce que nous pouvons faire pour limiter au maximum les risques et renforcer nos réseaux et la sécurité de nos relations avec différents blocs, nous devons le faire», a déclaré Guy Parmelin.

Contrôles renforcés

«En termes de produits agricoles, nous n’importerons pas davantage qu’actuellement, a encore tenu à rassurer le conseiller fédéral vaudois. Nous n’allons pas ouvrir les frontières de la Suisse à tout va…» Par ailleurs, les contrôles qui sont effectués aux frontières sur les denrées alimentaires resteront en vigueur, voire «seront même renforcés».

En pleine polémique sur les incendies en Amazonie, la France et l’Irlande ont menacé vendredi de ne pas concrétiser l’accord UE-Mercosur pour protester contre la gestion des feux par le président brésilien. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, est même allé plus loin. Peu avant l’ouverture du G7, il a jugé sa ratification peu probable si l’Amazonie continuait de brûler. «Bien sûr nous soutenons l’accord UE-Mercosur […] mais il est difficile d’imaginer un processus de ratification tant que le gouvernement brésilien permettra la destruction» de l’Amazonie, a-t-il jugé.

Interpellé sur cette retenue, Guy Parmelin a refusé de faire de la «politique-fiction». «Ich bin nicht Madame Soleil! Nous ne pouvons pas dire comment cela va se passer avec l’Union européenne. Mais, pour la Suisse, il est important que nous allions de l’avant.»

Syndicat des paysans sur la retenue

Dans un communiqué publié au même moment, l’Union suisse des paysans estime pour sa part que cet accord «va en partie très loin». Sur la question des viandes bovines notamment, le syndicat constate que «la Suisse veut accorder des concessions beaucoup plus importantes que celles faites par l’UE».

Il exprime également un regret sur la durabilité. «De toute évidence, la Suisse officielle ferme les yeux sur la pollution de l’environnement, la déforestation […] et les droits des travailleurs dans le cas de produits importés.»

L’accord provoque de grandes craintes chez les paysans suisses, le Mercosur comptant deux grands Etats agricoles, le Brésil et l’Argentine. Si l’industrie suisse des machines et le secteur des services pourront désormais exporter plus facilement, les pays d’Amérique du Sud vont, eux, pouvoir augmenter leurs ventes de viande en Suisse.

ONG suisses «préoccupées»

Samedi matin, la «Coalition Mercosur» avait également fait part de ses préoccupations dans un communiqué de presse. L’association – qui regroupe différentes organisations comme Alliance Sud, la Fédération romande des consommateurs, l’ONG Public Eye ou le syndicat paysan Uniterre – redoute l’impact qu’aura cet accord «sur les familles paysannes, la population indigène et l’environnement dans les pays du Mercosur, ainsi que sur l’agriculture suisse, l’emploi dans le secteur alimentaire et les consommateurs suisses.»

Elle craint en outre que cet accord de libre-échange ne contribue à «violer encore davantage les droits des populations autochtones du Brésil» puisque la demande croissante de produits agricoles se fait souvent à leur détriment.

La coalition a également «demandé que les concessions sur les importations de produits agricoles soient limitées aux contingents existants [fixés par] l’OMC. La viande importée des pays du Mercosur doit également avoir été produite sans stimulateurs de performance et de croissance et dans le respect de normes élevées de bien-être animal et de sécurité alimentaire. Pour garantir que la protection des consommateurs ne soit pas compromise, les contrôles et la déclaration des denrées alimentaires importées doivent être améliorés et les lacunes comblées.»

La «Coalition Mercosur» précise qu’elle n’est pas opposée à l’accord de libre-échange en soi mais que si les différents critères énoncés plus haut ne sont pas remplis, elle pourra «mettre l’accord à l’épreuve au parlement».

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Ce traité commercial intervient un peu plus d’un mois après la conclusion d’un autre accord de libre-échange entre le bloc sud-américain et l’Union européenne. L’accord, un des plus vastes jamais conclus par Bruxelles avec plus de 770 millions de consommateurs et 18 000 milliards d’euros de PIB, doit encore être ratifié par les Etats membres de l’UE. Il suscite également une inquiétude des agriculteurs européens, qui craignent une concurrence jugée déloyale.

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