D’ici à 2035, le Conseil fédéral investira 12 milliards de francs dans le rail, dont la moitié à Zurich. Tout pour Zurich? Le canton alémanique est leader suisse des transports publics depuis l’introduction du S-Bahn. Hans Künzi, responsable du dossier au gouvernement zurichois de l’époque, a permis à la métropole de prendre pour longtemps une longueur d’avance.

Aujourd’hui, «la Suisse est un grand S-Bahn», selon le Tages-Anzeiger de lundi. Hans Künzi, né à Olten en 1924, a d’abord consacré sa vie aux mathématiques appliquées avant de bifurquer vers la politique.

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Un ouvrage revient sur ses qualités de visionnaire aussi bien en matière d’informatique et d’économétrie que comme politicien responsable des infrastructures (Hans Künzi: Operations Research und Verkehrspolitik, Joseph Jung, Schweizer Pioniere der Wirtschaft und Technik, NZZ Libro, 2017).

Un pionnier des mathématiques appliquées

Hans Künzi entame des études de mathématiques et, à 30 ans, obtient un doctorat à l’EPFZ. C’est aussi un libéral, appartenant à Wengia, une association d’étudiants qui conduit fréquemment à une carrière politique. Elle a compté un conseiller fédéral, trois conseillers d’Etat, trois conseillers nationaux et un conseiller aux Etats.

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Fasciné par la recherche opérationnelle (Operations Research), il consacre sa vie aux mathématiques appliquées. Cette discipline le fait participer aux premiers pas de l’analyse des données (Big Data), de l’économétrie, et à son utilisation dans les transports. Nommé professeur à l’Université de Zurich, il parvient à financer ses travaux par des entreprises (Swissair, Nestlé, PTT). Il convainc ses supérieurs de la nécessité d’acheter un ordinateur IBM de la taille d’une salle de cours. C’est donc Hans Künzi qui permet à l’Université de Zurich d’entrer dans l’ère informatique. En 1966, il devient aussi professeur à l’EPFZ.

Il est renommé pour ses résultats en recherche opérationnelle, et la Confédération lui demande de mettre au goût du jour informatique l’ex-plan Wahlen, le programme d’autosuffisance alimentaire mis en place par la Suisse en 1940. Il est également invité, au début des années 1970, à participer au processus d’évaluation d’un nouvel avion militaire à l’aide de méthodes scientifiques. Ses travaux favorisent le Corsair américain, mais le Conseil fédéral fera un autre choix. La décision de ce dernier fera scandale.

Un libéral soleurois élu à Zurich

A 46 ans, il quitte l’université pour la politique et est élu à l’exécutif du canton sous la bannière radicale. Il dirige le Département de l’économie jusqu’en 1991 et gagne 33 des 35 votations qu’il organise entre 1970 et 1991. C’est «le conseiller d’Etat le plus aimé de tous les temps», écrit Joseph Jung. Il est également conseiller national de 1971 à 1987.

Ses dossiers principaux concernent les transports publics, l’aéroport, l’électricité et la construction de la nouvelle bourse de Zurich. Il essuie toutefois un échec cuisant, le refus par le peuple du premier projet de S-Bahn en 1973. Les critiques rejetaient le couplage du métro au S-Bahn et une vision trop euphorique de la croissance de la métropole.

Le coup de maitre qui change tout

Mais si Hans Künzi est arrivé à ses fins lors de la deuxième tentative, c’est en grande partie grâce à ses multiples contacts et à une stratégie qui a toujours cherché à intégrer les CFF et les politiciens «nationaux» intéressés par les transports. Il comprend le besoin d’investir dans le seul S-Bahn et de ne pas construire parallèlement un métro, comme dans le premier projet.

Le coup de génie consiste à harmoniser les transports publics tant en termes d’offre que de prix et de financement. A l’époque, 40 entreprises étaient imbriquées dans les transports publics régionaux.

Le conseiller d’Etat parvient à faire participer les CFF au financement du S-Bahn à hauteur de 20% (653 millions de francs). Le modèle jouera un rôle pionnier pour le développement des transports publics du pays. En 1981, le peuple accepte le projet à 74%, le Conseil national et le Conseil des Etats à 100%. Une première à l’assemblée nationale depuis 1848. Le nouvel horaire débute en 1990. Aux yeux d’Adolf Ogi, le S-Bahn zurichois symbolise une «renaissance des transports publics». Hans Künzi se retire de la politique un an plus tard et décède en 2004.