Deux affaires, deux attitudes. Lorsque l'Allemagne s'en est prise ce printemps à la Suisse, traitée de paradis fiscal suite à l'affaire de la banque liechtensteinoise LTG, Hans-Rudolf Merz avait gardé le sourire. Et repoussé d'un revers de main tous les griefs concernant le lien direct entre secret bancaire et évasion fiscale. Cette fois, suite aux pressions de la justice et du fisc américain contre UBS et la Suisse pour obtenir la liste des «fraudeurs» ayant des comptes en Suisse, il adopte un ton nettement plus sérieux.

Le ministre des Finances a immédiatement envoyé une délégation suisse à Washington pour «clarifier les procédures juridiques suisses». «C'est une preuve d'ouverture et de coopération avec les autorités américaines, et non pas une pression politique» a-t-il précisé mercredi. Trois accords lient la Suisse aux Etats-Unis, dont le «Qualified intermediary agreement» qui délie le banquier du secret dans des procédures qui impliquent des clients américains.

Preuves exigées

Dans ces conditions, le ministre des finances a admis la possibilité d'une entraide administrative. «Pour octroyer cette aide nous avons besoin d'une liste complète comprenant les noms, les fortunes déposées et les preuves de fraude fiscale», explique Hans-Rudolf Merz au Temps.

«Nous attendons des autorités américaines qu'elles limitent leurs investigations aux infractions de fraude fiscale et de blanchiment d'argent», poursuit le ministre des Finances, qui, sur le fond, maintient le refus d'assistance pour simple soustraction d'impôts.

Mais il n'est pas certain que la justice et le fisc américains acceptent le subtil distinguo de la loi suisse entre évasion fiscale - délit non pénal donc non soumis à l'entraide judiciaire - et fraude fiscale qui tombe sous le coup de la loi. Hans-Rudolf Merz estime que le secret bancaire est sous pression sans être «en danger». «J'ai le mandat clair de défendre le secret bancaire comme un élément de notre place financière», rappelle-t-il.

Il adresse tout de même un reproche déguisé aux banquiers, jugés trop créatifs: «Les banques ne sont pas obligées d'inventer de nouveaux produits qui peuvent remettre en cause le secret bancaire en tant que tel.»