Quand il s'agit de gros salaires, c'est toujours le même qu'on voit en photo: le Suisse Josef Ackermann, le patron le mieux payé d'Allemagne. Avec un revenu annuel de 14,3 millions d'euros ou 23,3 millions de francs (+5,5% en 2007), le chef de Deutsche Bank a toujours été l'icône médiatique dans le débat sur la hausse des grands salaires.

Le voilà une nouvelle fois en première ligne depuis que le Parti social-démocrate (SPD) a présenté un «concept» pour freiner une «hausse vertigineuse». Il s'agit de limiter à un million d'euros la déduction des revenus et des primes des grands patrons sur les impôts des entreprises (au-delà de cette limite, ils seraient déductibles qu'à 50%).

Un fort soutien populaire

Les sociaux-démocrates préconisent également un système de rémunération qui corresponde davantage aux performances. Ils font remarquer qu'en 2007, les entreprises cotées au DAX de Francfort ont augmenté les hauts salaires de 18% tandis que la valeur des actions n'évoluait que de 12%.

«Les milieux économiques ont intérêt à prendre cette proposition très au sérieux», a prévenu le ministre social-démocrate de l'Economie, Peer Steinbrück (SPD). «Il n'est pas acceptable que les contribuables payent indirectement ces énormes salaires», a ajouté Berthold Huber, le président du syndicat IG Metall. Selon un sondage de la télévision d'information N24, plus de 70% des Allemands seraient favorables à cette proposition.

«Le législateur ne doit pas s'immiscer dans ce débat et laisser les employeurs et les employés décider quelle est la valeur du travail», a rétorqué le conservateur Günther Oettinger (CDU), ministre-président du Bade-Wurtemberg, faisant écho aux principaux leaders de droite.

La droite divisée sur la question

Une partie de la CDU partage néanmoins l'avis de la gauche et réclame elle aussi plus de «responsabilité sociale» de la part de ses grands patrons. Le ministre-président de la Sarre, Peter Müller (CDU), estime qu'il n'est pas normal que les entreprises puissent déduire sans limite des salaires et des primes de plusieurs millions.

La chancelière a d'ailleurs gardé le silence sur ce débat qui divise son camp. «Il est scandaleux que madame Merkel laisse le champ à la gauche et ne s'exprime pas sur une question de justice sociale», a regretté l'ancien grand patron Randolf Rodenstock dans une interview au magazine Die Zeit. «Une grande partie des Allemands pensent que l'économie sociale de marché n'a plus rien de social», prévient-il.

Toutes les sociétés visées

Le gouvernement Schröder (SPD/écologistes) avait fait passer une loi en 2005 pour obliger les grandes entreprises à publier les revenus des membres du directoire. L'idée était de renforcer le contrôle des actionnaires et leur permettre de juger si les salaires correspondaient aux performances. Mais cette loi ne concerne que les entreprises cotées en bourse.

Le président de Porsche, Wendelin Wiedeking, échappe ainsi à l'obligation de transparence. Selon les estimations, il aurait touché bien plus que Josef Ackermann en 2007. Plusieurs experts préconisent donc une extension du champ d'application de la loi à toutes les sociétés par actions.