Suisse-Iran

Hassan Rohani, une visite en Suisse sous tension

En visite d’Etat ces lundi et mardi à Berne, le président iranien rencontre le Conseil fédéral ainsi que les milieux économiques. Pour Berne, les sanctions américaines n’ont pas d’application directe en Suisse

La Suisse n’entend pas emboîter le pas aux Etats-Unis et n’imposera pas de sanctions directes économiques à l’Iran. C’est le message que délivrera le Conseil fédéral au président iranien, Hassan Rohani, qui se trouve ces lundi et mardi à Berne. «Les décisions américaines n’ont pas d’application directe en Suisse», affirme le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) dans une déclaration écrite au Temps.

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Cette visite d’Etat qui, au départ, devait être consacrée à la coopération économique et commerciale bilatérale revêt désormais une autre importance. Après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le programme nucléaire iranien en mai, la Suisse est de nouveau appelée à représenter les intérêts américains à Téhéran et ceux d’Iran à Washington. Selon le Département fédéral des affaires étrangères, il en sera largement question lors des entretiens. Les diplomates suisses ont déjà assumé cette responsabilité entre 1980 et 2015.

Johann Schneider-Ammann à Téhéran

Sur le plan économique, la Confédération affirme que l’Iran est un partenaire stratégique. Les échanges étaient déjà importants avant l’imposition de sanctions internationales en 1980. Par la suite, les volumes ont diminué au fil des années avant de reprendre en 2013, principalement en raison des transactions sur l’or, autorisées dans le cadre de l’accord intérimaire sur le nucléaire iranien. «Les relations bilatérales se sont intensifiées après le voyage du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann en février 2016», souligne le Seco. En 2017, la Suisse a exporté pour 534 millions de francs, contre 330 millions en 2013, hors marché de l’or et autres métaux précieux.

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Depuis deux ans, un nouveau dynamisme s’est installé en matière économique et commerciale. Plusieurs réunions ont eu lieu entre Berne et Téhéran et des négociations pour quelques contrats importants ont débuté. A l’instar de Stadler Rail, qui s’était qualifié pour livrer 960 rames de métro pour une valeur de 1,3 milliard de francs. Désormais, cette transaction est mise en veilleuse en raison des doutes liés à l’embargo américain contre l’Iran.

Stadler Rail vise un contrat de 1,3 milliard de francs

Le cas de Stadler Rail et d’autres entreprises suisses fera l’objet des discussions prévues entre le Conseil fédéral et le président Rohani mardi. Ce dernier est par ailleurs accompagné d’une délégation commerciale qui participera à un Forum sur l’innovation et l’industrie axé sur l’alimentation et la santé et mis sur pied conjointement par les autorités suisses et la Chambre de commerce et d’industrie Suisse-Iran. «Nous voulons surtout avoir des clarifications de la part de Berne concernant la poursuite des activités commerciales entre les deux pays, déclare Cyrus Siassi, l’un des responsables de la Chambre. Nous voulons savoir si les entreprises bénéficient de la protection de Berne comme c’est le cas au sein de l’Union européenne.» Et d’ajouter: «Le président iranien demandera à la Suisse de défier l’embargo américain.»

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«La Suisse devrait être en mesure de réaffirmer son rôle de partenaire neutre et fiable dans le contexte actuel, soutient Vincent Subilia, vice-directeur de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (CCIG). La visite du président Rohani devrait aussi permettre au Conseil fédéral de rappeler son attachement à l’accord sur le nucléaire iranien, et afficher ainsi un front commun avec nos alliés européens.»

Un marché de 80 millions de consommateurs

En effet, Vincent Subilia se dit inquiet des conséquences de l’embargo américain sur Genève et la Suisse. En 2016, il avait coorganisé l’envoi d’une délégation d’une cinquantaine d’hommes d’affaires genevois à Téhéran. Selon lui, les nouvelles sanctions seraient préjudiciables aux acteurs économiques suisses pour lesquels l’Iran représente un marché prometteur de 80 millions de consommateurs.

Nestlé reste sur place

Dans la pratique, il est devenu, selon un négociant genevois en matières premières, presque impossible de trouver une banque en Suisse pour assurer les formalités financières pour des échanges avec l’Iran. Comme Stadler Rail, d’autres entreprises suisses sont dans l’attentisme ou ont décidé, à l’instar de l’armateur genevois MSC, de suspendre leurs activités.

En contre-exemple, Nestlé n’envisage pas de retrait, en tout cas pas à ce stade. «Nous continuons de suivre de près l’évolution de la situation politique», affirme un porte-parole. Nestlé Iran a son siège social à Téhéran et deux usines, l’une produisant des céréales et formules infantiles et l’autre, de l’eau en bouteilles. Malgré l’embargo, la société continue aussi d’importer une gamme limitée de produits Nestlé pour le marché iranien. Elle y compte au total 818 collaborateurs.

Face à l’incertitude née de l’imposition de nouvelles sanctions américaines, le Seco explique qu’il n’appartient pas à la Confédération de dire aux entreprises suisses si elles doivent poursuivre leurs activités ou pas avec l’Iran. Elle recommande toutefois aux acteurs concernés de suivre l’évolution de la situation et de contacter les services fédéraux compétents en cas de doute.

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