Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Des investisseurs et développeurs lors du Ethereum Classic Summit, à Hong Kong. 
© Reuters

Analyse

La hausse des cryptomonnaies, miroir des défauts des devises classiques

Les autorités s’offusquent du succès des cryptomonnaies et critiquent leur volatilité. Pourtant, le dollar a perdu plus de 90% en un siècle. Qui ose parler de stabilité du pouvoir d’achat des monnaies papier?

En dépit des Cassandre, les cours des cryptomonnaies refusent de plonger. Le bitcoin a perdu un quart de sa valeur en un mois mais l’ethereum et le ripple ont doublé de valeur. Les patrons de banque parlent de bulle spéculative, mais leur discours surprend puisque les grands instituts soutiennent le développement du ripple, qui vise à créer un système de paiements transfrontaliers plus rapide et efficace.

A lire aussi: Faux krach sur les cryptomonnaies

Ethereum, créée par le Russo-Canadien Vitalik Buterin, 23 ans, est un modèle peut-être encore plus prometteur. C’est une plateforme de développement d’applications plutôt qu’une cryptomonnaie. On peut par exemple y rattacher un smart contract, soit un contrat qui s’enclenche automatiquement si certaines conditions sont remplies.

La blockchain Ethereum joue le rôle du «tiers de confiance», tel un notaire. Les assurances l’adorent. Axa l’emploie pour sa solution Fizzy, une assurance contre les retards d’avions de plus de deux heures. Ce réseau profite aussi du développement des Initial Coin Offerings (ICO). Plus de 50% des ICO sont réalisées avec de l’ether, indique le site Capital.fr.

A lire aussi: Le ripple, la cryptomonnaie qui éclipse le bitcoin

Le dédain des banques pour le bitcoin se marie mal à leur enthousiasme pour la blockchain. C’est à partir de la fin de 2014 que «la finance institutionnelle va s’emparer de la technologie blockchain pour retourner l’arme qui la visait», révèlent Jacques Favier et Adli Takkal Bataille, dans Bitcoin, la monnaie acéphale (CNRS Editions, 272 p., 2017).

La monnaie est un pouvoir d’achat généralisé

La forte hausse des cryptomonnaies renforce la confiance à leur égard, mais elle enlève le facteur de stabilité qui caractérise une monnaie. Par définition, pour le professeur Pascal Salin (Les Systèmes monétaires, Editions Odile Jacob, 2016), la monnaie est «un pouvoir d’achat généralisé, c’est-à-dire qu’elle peut être échangée contre n’importe quoi à n’importe quel moment et auprès de n’importe qui», écrit-il. Sous cet angle, le bitcoin a nettement accru le pouvoir d’achat de ses acheteurs à moyen terme, mais il l’a réduit fortement en un mois. Dans ce contexte nerveux, qui aimerait être payé en bitcoins? Monnaie sans chef, puisque c’est un protocole de réseau décentralisé, le cours du bitcoin souffre parfois du fait qu’aucune autorité ne peut la contrôler.

Le manque de stabilité est un reproche valable également pour les monnaies papier. Le dollar a perdu plus de 90% de son pouvoir d’achat depuis le début du XXe siècle et plus de 80% depuis 1970, selon l’American Institute for Economic Research. La meilleure monnaie du siècle dernier est le franc suisse. Selon Credit Suisse, les prix ont été multipliés par 12 pour les Suisses sur 117 ans contre 27 pour les Américains.

Les banques centrales multiplient les avertissements à l’égard du bitcoin, mais leur message n’est pas écouté parce que leurs politiques récentes ne sont pas sans risques pour le système monétaire. N’ont-elles pas pris le risque de tarder à normaliser leur politique et sortir des taux négatifs? N’ont-elles pas acheté des montants incroyables d’obligations d’Etat, ignorant les frontières sacrées entre les politiques budgétaires et monétaires?

Monnaies publiques, privées ou biens communs?

«Les monnaies légales ne sont plus depuis longtemps des monnaies publiques», critiquent Jacques Favier et Adli Takkal Bataille. Doutant de l’indépendance des banques centrales, ils évoquent l’absence de toute référence de valeur qui laisse la fixation de celle-ci aux seules lois du marché, les dettes privées transformées en dette publique et la masse monétaire constituée à 90% de monnaies scripturales. La BCE n’est en effet l’émetteur que de 10% des euros, le reste venant de l’action des banques privées.

Le bitcoin est «indépendant de la force publique; cela n’en fait pas une monnaie privée», reconnaissent les auteurs. Mais la cryptomonnaie ne manque pas d’atouts: le protocole bitcoin appartient à tous, le registre de Bitcoin est ouvert et transparent. Chacun peut se servir du bitcoin sans demander l’autorisation de quiconque.

Ni public ni privé, le bitcoin est un «bien commun», proposent Favier et Bataille en reprenant la définition d’Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie 2009. Cette dernière parle de biens communs s’ils sont non exclusifs (exemple de l’accès à une rivière) mais rivaux (le poisson pêché par A ne le sera plus par B).

La confiance gagnée par les initiateurs du bitcoin, d’ethereum ou du ripple devrait faire réfléchir les institutionnels. Ces réseaux sont sans doute plus utiles et solides qu’on le prétend. Il est vrai qu’il peut être troublant de constater un tel niveau de sécurité pour un «objet numérique» sans police, sachant que ce sont ses propres principes qui empêchent toute malversation.

Dossier
Ce bitcoin qui enfièvre les marchés financiers

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)