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Vitor Constancio, vice-président de la Banque centrale européenne, a tiré la sonnette d'alarme à propos de l'appréciation de la monnaie unique.
© DANIEL ROLAND/AFP PHOTO

Taux de change

La hausse de l’euro embarrasse la Banque centrale européenne

Selon Vitor Constancio, vice-président de la BCE, l’appréciation de la monnaie unique ne se justifie pas. Surtout, elle met à mal l’objectif d’atteindre une inflation de 2% dans la zone euro

L’appréciation de la monnaie européenne face au dollar se poursuit inexorablement. Elle a gagné 14% en 2017 et encore 1,9% depuis le début de l’année, se retrouvant au même niveau qu’en décembre 2014. L’euro s’est renchéri légèrement mercredi, dans une attitude attentiste en vue de la réunion mensuelle de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine prochaine, à 1,22 dollar.

Décideurs préoccupés

Le Conseil des gouverneurs de la BCE devrait alors donner des indications sur la suite du programme d’assouplissement monétaire en cours depuis mars 2015 et dont le but est de donner une impulsion à la zone euro. La tendance haussière ne va toutefois pas sans inquiéter les décideurs. Vitor Constancio, vice-président de l’institut d’émission, vient de tirer la sonnette d’alarme.

Lire aussi: Le dollar faible?

«Je suis préoccupé par ces mouvements qui ne reflètent pas des changements dans les fondamentaux, a déclaré Vitor Constancio mercredi dans une interview au quotidien italien La Repubblica. La réalité est que l’inflation a baissé en décembre.» En effet, la zone euro a enregistré un taux de 1,4% le mois dernier, contre 1,5% en novembre, ce qui l’éloigne un brin de son objectif de 2% inscrit dans le Pacte de stabilité.

La pression monte sur la BCE

«On peut comprendre l’embarras dans lequel se retrouve la BCE, commente Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg School of Management de l’Université catholique de Lille. La pression monte pour qu’elle mette fin à sa politique monétaire accommodante sans même qu’elle ait atteint son objectif.» Le comble, selon lui, est que le renchérissement de l’euro, qui tend à baisser le coût des importations, aura un impact déflationniste.

Mais au-delà de la question de la crédibilité de la BCE, Eric Dor ne craint pas des conséquences importantes à la suite de l’appréciation de l’euro. «Certes, une monnaie plus chère nuit aux exportations, dit-il. Mais compte tenu du fait que la zone euro exporte et importe d’abord entre ses membres, l’impact est minime.» Pour les échanges extra-européens, c’est davantage la dynamique de la croissance mondiale en hausse et le regain de la demande tant aux Etats-Unis que dans les pays émergents qui seront déterminants. «Dans un tel scénario, le taux de change pèse relativement peu dans les décisions», poursuit-il.

Importations en Suisse

Jean-Marc Guillot, responsable de la salle des marchés d’Edmond de Rothschild à Genève, met surtout en garde contre la rapidité de l’appréciation de la monnaie unique. «La hausse repose sur un euro-optimisme et une confiance retrouvés, mais elle pourrait vite peser sur la compétitivité des exportations européennes, dit-il. Par exemple, un avion Boeing dont le prix est fixé en dollars sera avantagé par rapport à un Airbus dont la devise de référence est l’euro.»

Lire également: Vers un retour de l’euro à 1,20 franc? Pas si vite

Quelles seraient les conséquences en Suisse? «Certains indicateurs laissent penser que la Banque nationale suisse (BNS) est moins présente dans le marché et a moins recours aux interventions, répond Jean-Marc Guillot. Avec un cours de 1,18 franc pour 1 euro, on se rapproche de l’ancien taux plancher, ce qui représente une bouffée d’oxygène pour l’économie suisse.»

Les importations suisses en provenance de la zone euro vont certes coûter plus cher, mais selon Eric Dor, la segmentation de la chaîne de production et la valeur ajoutée nationale aident à absorber les variations des taux de change.

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