Si ce n'est pas un choc pétrolier, cela commence à y ressembler. Certes, les économistes soulignent que la stagflation propre aux années 70 - une économie au point mort accompagnée de prix toujours plus élevés - n'affecte pas encore la planète. Il n'empêche. Alors que des marchés énergétiques pris de folie poussent le prix d'un baril de brut à 135,17 dollars jeudi - sur la seule journée de mercredi, la hausse avait déjà atteint 3% - l'inflation énergétique creuse de plus en plus le pouvoir d'achat.

Sur le marché de Rotterdam, le prix de gros des carburants a suivi cette envolée frénétique. Le diesel a vu son prix bondir de plus de 7% en trois jours, tandis que le mazout s'enflammait de plus de 3% cette semaine, tout comme le kérosène. «Les fluctuations des hydrocarbures sont immédiatement répercutées sur le prix à la pompe; les tarifs ne reflètent donc pas le coût d'acquisition antérieur des stocks des distributeurs», explique Philippe Cordonier, de l'Union pétrolière. Résultat en station-service, le litre de super flirte désormais avec le seuil psychologique des 2 francs.

Pari perdant sur le mazout

Sur le mazout, la situation commence à devenir problématique, nombre de foyers ayant retardé leur commande, espérant un repli des prix: l'an dernier un tel pari perdant, ainsi que la douceur de l'hiver, a conduit à une diminution de 27% des ventes en Suisse. «Le taux de remplissage des cuves n'a jamais été aussi bas - en moyenne pas plus de 25% - et ceci causera des soucis si tout le monde attend l'automne pour stocker», prévient Philippe Cordonier.

Grogne des routiers suisses

Les transporteurs routiers, eux, n'ont pas le loisir d'attendre et subissent la hausse de 1,70 à 2,10 francs du prix du litre de diesel en deux ans. Certes, ils la répercutent sur leurs propres tarifs. Mais dans certains contrats - par exemple les chantiers d'été du BTP - les tarifs sont fixés à partir d'un indice changé chaque automne. Le ton monte. «Nous allons discuter demain lors de notre assemblée de la façon d'interpeller les pouvoirs publics, car si les transporteurs et les affréteurs souffrent, la Confédération bénéficie de rentrées fiscales supplémentaires via la TVA», soutient Michael Gehrken, directeur de l'ASTAG, l'association suisse des routiers. Les marins pêcheurs français, eux, n'ont pas attendu pour bloquer les ports... et obtenir une aide de 110 millions d'euros qui ne règle rien au fond de leurs problèmes.

Les compagnies aériennes font également les frais de cette envolée des prix. A l'image de Swiss, qui augmentera le prix de ses billets de 2,5% à partir de fin mai, elles reportent une partie du problème sur leurs clients. Ceci n'a cependant pas empêché Air France-KLM d'annoncer hier ses premières pertes depuis cinq ans. Comme le résume Marc Touati, économiste chez Global Equities à Paris, «si jusqu'à présent la croissance mondiale a pu digérer sans trop d'encombres la hausse progressive de l'or noir, les coûts de la récente flambée seront tout autres».