L’an dernier, le commerce extérieur suisse a affiché une forte croissance, soutenue par l’augmentation des prix. Mais corrigés de l’inflation, les chiffres montrent un ralentissement de la demande mondiale.

Les exportations ont ainsi gonflé de 7,2% pour atteindre un nouveau pic historique à 278,6 milliards des francs, mais ont stagné après correction de l’effet prix, a souligné mardi l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). Les importations ont crû de 16,8% en termes nominaux à 235,1 milliards de francs. Dans les deux directions du trafic, l’évolution a reposé quasi exclusivement sur la hausse des prix, avec une évolution en termes réels de respectivement 0,1% et 0,7%.

Les produits chimiques et pharmaceutiques ont apporté la plus grande contribution avec 3,7 milliards de francs. Les matières premières et de base ainsi que les produits immunologiques en ont été les principaux artisans. Comme en 2021, l’horlogerie ainsi que la bijouterie et joaillerie se sont révélées les plus en verve, affichant une croissance à deux chiffres de respectivement 11,4% et 14,8%, ainsi qu’un nouveau plus haut en valeur absolue. Les secteurs machines et électronique, les métaux et les instruments de précision ont également progressé.

Arthur Jurus, en charge des investissements mondiaux chez Oddo BHF, souligne que «structurellement, les chiffres de 2022 confirment la concentration de l’excédent commercial autour de la chimie, de la pharmacie (50% des exportations) et des machines électroniques (12,4% des exportations)».

Les envois vers l’étranger ont grimpé de 8,6% à destination de l’Asie, de 7,8% pour l’Amérique du Nord et de 6,3% pour l’Europe. Sur le Vieux Continent, les plus fortes croissances ont été enregistrées vers la Slovénie (+44,1%) et l’Italie (+37,1%), grâce à la chimie-pharma pour les deux pays, ainsi que l’électricité pour le Bel Paese. Sur le podium des principales destinations de produits estampillés à la croix blanche se situent les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Italie, devant la France, la Chine et la Slovénie.

Envolée de l’énergie

Concernant les importations, la flambée des prix a dopé les produits énergétiques, dont les arrivages ont doublé en termes nominaux (réel: -1,4%), totalisant 22,7 milliards, après 10 milliards en 2021. Plus d’un tiers de la hausse provient de ces derniers. Les produits chimiques et pharmaceutiques ont décollé de 18,3%. Les métaux, la bijouterie et joaillerie ainsi que le secteur machines et électronique ont aussi enregistré une croissance à deux chiffres.

Les apports en provenance des trois principaux marchés d’approvisionnement se sont également amplifiés. Ceux d’Europe ont augmenté de plus de 18%. La France, l’Allemagne et l’Italie ont généré près de la moitié de la croissance européenne. La Slovénie est à nouveau sortie du lot avec un triplement de ses livraisons.

La balance commerciale de la Suisse est dans notre tableau de bors économique

L’accroissement de l’Asie (+4,5 milliards de francs) a avant tout pris racine en Chine (+13,5%). La palme revient à l’Amérique du Nord avec un essor de 22%, à mettre essentiellement sur le compte des Etats-Unis. L’an dernier, la Suisse s’est avant tout approvisionnée auprès de l’Allemagne, de l’Italie, de la France et de la Chine.

La balance commerciale helvétique annuelle a bouclé avec un excédent de 43,5 milliards de francs, après 58,5 milliards en 2021. Alors que la croissance des exportations et des importations en nominal est bien plus importante que celles en réel, Arthur Jurus souligne que «la balance commerciale en réel corrige les chiffres de l’inflation. Au vu de la hausse importante des prix, l’écart est significatif.»

L’analyste précise également, au vu de la dynamique des flux d’échange, que «la stagnation des exportations suisses en réel (+0,1% contre +7,2% en nominal) traduit donc un ralentissement de la demande mondiale en 2022. La légère augmentation des importations (+0,7% en réel, +16,8% en nominal) traduit une demande suisse plus résiliente mais surtout une forte inflation importée pour notre économie (principalement expliquée par la hausse des matières premières et notamment des produits pétroliers).»