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Les rentes futures dépendent des taux techniques. Ce dernier va-t-il augmenter?
© REBECCA NADEN / Reuters

Vos finances

La hausse des taux améliorera-t-elle les rentes?

Tout le monde parle d’un changement de tendance sur les taux d’intérêt. Ce qui est mauvais pour les actions peut conduire, si elle est significative, à une hausse des taux techniques et des retraites

La hausse des taux d’intérêt a été plus forte que prévu en ce début d’année sous l’effet d’un relèvement des anticipations d’inflation. La hausse des rendements obligataires s’est certes traduite par une correction des actions sur les marchés financiers, mais elle pourrait aussi mettre un terme aux malheurs du système de prévoyance professionnelle, l’une des victimes de la politique de taux bas. Un changement d’ère sur les taux pourrait changer les principaux paramètres de la prévoyance, mais à quelles conditions et à partir de quel niveau de taux?

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«Dans un premier temps, les effets de la hausse des taux sont négatifs pour les cours des actions, des obligations et pour la valorisation de l’immobilier», note Roland Bron, directeur de VZ en Suisse romande. L’actif du bilan des caisses de pensions (placements) perd de sa valeur, alors que l’évaluation du passif du bilan ne change pas si le taux technique (rendement espéré par les caisses de pension à long terme) ne varie pas. Dans un premier temps, la hausse des taux provoque une baisse du degré de couverture d’une caisse de pension (rapport entre la fortune et les engagements).

La bonne nouvelle dans 3 à 5 ans

«D’ici 3 à 5 ans toutefois, si la hausse se poursuit progressivement, les obligations rapporteront davantage grâce aux renouvellements à des taux plus élevés et déchargeront le bilan des caisses de pension», analyse Roland Bron. Ces dernières devraient alors augmenter leur taux technique. Mais le feront-elles? Elles pourraient privilégier le renforcement de leurs réserves, à son avis. «Les assurés, qui ont subi les ajustements à la baisse des taux d’intérêt, risquent donc de ne pas profiter de la hausse avant de nombreuses années», selon VZ.

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Le regard se porte donc sur le taux technique, paramètre clé de la prévoyance qui doit assurer que les réserves de l’institution suffisent pour payer les rentes. La caisse de pension d’UBS vient de le baisser de 3 à 1,5%, ce qui l’amène à réduire son taux de conversion à 4,42%. Le mouvement a fait des vagues dans le monde de la prévoyance. La tendance baissière du taux technique (et du taux de conversion) sera-elle enfin freinée?

Le baromètre à suivre de près est le taux de référence qui est établi par la Chambre suisse des caisses de pension (CSEP), sur la base de la directive DTA4. Il a été décidé en septembre dernier que ce taux se situe à 2% pour l’année 2018. Les instituts de prévoyance ne sont pas obligés de le reprendre pour leurs comptes. Mais le taux technique d’une caisse de pension ne «devrait pas être supérieur au taux de référence sans exceptions justifiées», écrit la CSEP. «Actuellement, une majorité de caisses de pension et fondations collectives utilisent un taux technique entre 2 et 2,75%», observe Pascal Kuchen, directeur général de la Collective de prévoyance Copré.

Ce taux de 2%, qui est applicable pour les bouclements 2017 des institutions de prévoyance, est calculé pour deux tiers par la performance moyenne des vingt dernières années (indice Pictet LPP25) et pour un tiers par le rendement des obligations de la Confédération, explique Patrick Spuhler, associé auprès de Prevanto. Le résultat est réduit de 0,5 point de pourcent et il est arrondi au 0,25% inférieur. Toutefois plusieurs caisses de pension, notamment publiques, offrent un taux très supérieur, jusqu’à 3,5%.

Personne ne parle d’une hausse du taux technique

Pour provoquer une hausse future des rentes, les yeux se portent sur le rendement des obligations de la Confédération puisque celui-ci vient de passer de –0,2% à 0,2%. Un changement notable en seulement un mois: Sur la base de la méthodologie préconisée par la directive technique DTA 4 et d’une simulation sur la base des cours de la fin janvier, PPCmetrics estime à seulement 3% la probabilité d’un taux de référence de 2,5% en septembre 2020 et 10% un taux de 2,25%. Le marché obligataire n’a donc de loin pas encore fait le pas nécessaire à une modification à la hausse du taux technique.

«Aucune caisse de pension, à ma connaissance, ne met une hausse du taux technique à l’ordre du jour. D’ailleurs certaines institutions ont encore un taux de 3,5%. Sous une vision purement économique, le taux technique d’évaluation devrait être équivalent à celui des obligations de la Confédération puisque par définition les engagements envers les rentiers doivent être évalués avec prudence, soit à un taux sans risque», explique Quentin Costa, actuaire auprès de PPCmetrics.

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«Il est possible que les taux d’intérêt aient atteint leur point le plus bas et qu’avec la hausse des rendements des obligations de la Confédération, la tendance à la baisse du taux technique soit arrêtée. Mais je recommanderais de garder le taux technique par exemple à 2%, au niveau du taux de référence de la DTA4, et de verser d’éventuels excédents de rendements aux assurés actifs, ou par exemple de verser une 13e rente. Il faut attendre avant de remonter le taux technique», estime Christian Heiniger, expert auprès de Towers Willis, à Zurich.

La formule qui conduit au taux de référence satisfait d’ailleurs de moins en moins les experts. Une proposition de réforme a toutefois été rejetée le 24 novembre dernier par l’assemblée de la CSEP, laquelle a chargé un groupe d’expert d’élaborer un nouveau projet. «Le taux de référence est assez volatil. Mais le taux technique est une variable qui ne devrait pas être ajustée chaque année par les fonds de pension», avance Christian Heiniger.

Faible performance en janvier

«La hausse des taux des obligations ne remet pas en cause le taux technique actuel», assure Pascal Kuchen. Le rendement des obligations de la Confédération à dix ans demeure proche de 0,2% et n’augmente que depuis un mois. «Il faudrait qu’il dépasse 0,5% pendant au moins un trimestre et que la Banque nationale, contrairement aux attentes, relève ses taux directeurs rapidement pour que le mouvement haussier ait un impact sur les paramètres de la prévoyance», explique le directeur général de la Copré.

Le relèvement du taux de référence suppose d’ailleurs, ajoute-t-il, non seulement une hausse des taux à long terme, mais aussi une performance positive. Or il n’est pas certain que les actions continuent de s’apprécier ces prochains trimestres si les rendements obligataires continuent de se tendre. «En janvier, les caisses de pension devraient présenter une performance de placement de capitaux proche de 0%, en raison de la baisse des actions», analyse Pascal Kuchen.

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