Au cœur des marchés

Hausse des taux: angoisse ou espoir?

Depuis la fin de l’assouplissement quantitatif en octobre aux Etats-Unis, l’une des questions les plus âprement discutées par les intervenants du marché est celle du «quand»: quand surviendra la première hausse des taux de la Réserve fédérale et quelles conséquences s’ensuivront?

Le consensus actuel plaide pour un premier resserrement vers mi-2015, ce à quoi bon nombre d’économistes ajoutent cette lapalissade: «Mais cela va dépendre de l’évolution de l’économie américaine d’ici là.» Comme si les autres décisions de la Fed n’en avaient jamais dépendu. Toujours est-il que c’est moins la hausse elle-même qui inquiète, que son effet sur l’ensemble de la courbe des taux américains, sur les taux hors des Etats-Unis et évidemment sur la bourse.

Bien que cette première hausse des taux aux Etats-Unis depuis la crise financière soit un moment crucial, je ne pense pas qu’il faille en exagérer la portée. Souvenons-nous d’abord que, lors du dernier cycle de hausse des taux de la Fed, entre 2004 et 2006, le côté long de la courbe des taux, c’est-à-dire les intérêts des obligations gouvernementales avec une échéance de 10 ans et plus, avait à peine bougé.

Le chef de la Fed de l’époque, Alan Greenspan, s’interrogeait de cette absence de réaction, définie par lui comme un «conundrum» – une énigme. On pouvait expliquer ce manque de réaction, au moins en partie, par les interventions sur les marchés des devises de la Chine qui, tout à son objectif de fixer son taux de change, achetait de la dette américaine et poussait les prix obligataires à la hausse, et donc les taux longs à la baisse.

En 2015, une telle intervention chinoise semble moins probable. Mais d’autres pourraient très bien prendre la relève. Lorsque l’on constate qu’actuellement, les taux allemands à 10 ans sont à 0,8% et les taux japonais à 0,4%, les bons du Trésor américain offrant 2,4% sur dix ans semblent très attrayants. Certes, il y a un risque de change. Cependant, celui-ci est, pour l’instant, asymétrique. En effet, et la Banque centrale européenne et la Banque du Japon travaillent actuellement à affaiblir leur monnaie vis-à-vis du dollar.

Quant aux actions qui ne peuvent résister à des taux plus élevés, rappelons-nous des temps où les marchés étaient normaux et non pas déterminés uniquement par les apports de liquidités des banques centrales. A cette époque, lorsque l’on transférait des fonds des obligations vers les actions, les prix des premières baissaient (les taux montaient donc), alors que les prix des secondes montaient. Une hausse des taux et une hausse du prix des actions allant de pair signalaient que l’économie se portait bien. C’est là que sera peut-être la surprise de 2015: plus de sept ans après la crise financière, des marchés financiers qui retrouveraient enfin un semblant de normalité.

* Chef économiste,UBS Wealth Management