La hausse de la TVA pourrait ne pas arranger le budget grec

Crise Avec un taux de 23%, les restaurateurs craignent pour l’avenir

Dans la rue Mitropoleos, au centre d’Athènes, les serveurs des tavernes hèlent les passants en leur montrant les grils fumants et les gyros tournoyants. Ce spectacle n’a pas changé depuis lundi. Les prix des plats oui. En cause, la hausse de la TVA.

Le 15 juillet, lors d’un vote sur des mesures à faire passer en urgence avant l’ouverture des négociations entre la Grèce et ses créanciers (Union européenne, BCE, FMI), elle a été augmentée de 13 à 23% pour les restaurants, de 6 à 13% pour les produits alimentaires de base, l’eau, et l’électricité. Chez Savvas, institution de la rue depuis 1925, le manager Antonis Skafas fait son show: «C’est une grossière erreur. Ils sont malades», explique-t-il. «Dix points de TVA en plus, ce n’est pas une petite augmentation! Nous allons être obligés de les répartir entre le consommateur et nous. Et si l’activité baisse, nous serons obligés de licencier.» Les serveurs l’écoutent, impassibles en apparence, mais inquiets dans le fond. Ils veulent croire que le patron conservera ses 26 salariés. «La pita est passée de 2,50 à 2,60 euros, le kebab servi à table passe de 2,40 à 2,50 euros», explique l’un. Ajoutant aussitôt: «Quand vous regardez les salaires grecs, vous comprenez que les familles ne peuvent plus s’offrir le restaurant. C’est trop cher pour nous!» Depuis 2010, les revenus ont diminué de 40%, le salaire minimum est passé de 750 à 580 euros.

Impact sur les rentrées fiscales

Analyste économique à l’IME-GSEVEE, l’institut de recherche de la fédération des petites entreprises, Dimitris Bimpas craint, dans les mois à venir, des fermetures de restaurants, de cafés, de petits commerces de bouche et d’hôtels. «Il y aura un impact sur les rentrées fiscales et les cotisations sociales», prévient-il. Surtout, les restaurants seront aussi touchés par la hausse des prix des matières premières car ils n’ont «plus aucune marge de manœuvre. Les salaires, déjà très bas, ne peuvent pas servir de variable d’ajustement.»

Mais l’analyse de l’histoire récente inquiète le plus ce spécialiste de la TVA. «En 2013, le gouvernement avait déjà passé la TVA à 23% dans la restauration, tablant sur un gain de 800 millions d’euros. Le quart à peine est rentré.» Outre les enseignes du secteur fermées, le travail au noir et l’évasion fiscale ont crû. Pour survivre, dit-il en substance. «Nous parlons de réformes qui devraient changer les mauvaises habitudes; ce programme punitif renforcera les défauts» d’un pays qui ne peut absorber les coûts supplémentaires ni par les salaires, ni par la hausse des prix au risque de réduire la demande interne et de moins en moins par le tourisme.

«Saison touristique catastrophique»

«Cette saison s’annonce catastrophique, explique le manager de chez Savvas. L’année dernière a été mauvaise.» Or, la TVA dans l’hôtellerie doit, elle aussi, passer à 13% au 1er octobre, bien plus qu’en Turquie (7%) au climat similaire. «Nous aurons alors un désavantage compétitif», renchérit Dimitris Bimpas à la veille du vote au parlement, mercredi, du deuxième volet des «actions préalables» réclamées par les créanciers pour ouvrir des discussions sur le prochain prêt. Ces mesures affecteront notamment le secteur de la justice. «Ils sont malades», disait le manager de chez Savvas. Sans préciser s’il s’agissait du gouvernement ou de ceux qui imposaient les lois au pays.