Les joutes salariales peuvent commencer. Mardi, l’Union syndicale suisse (USS) a ouvert les feux de la traditionnelle saison des négociations, en présentant ses revendications. Avec notamment une augmentation 2%, ou au moins 100 francs par mois, pour 2022.

Dans un environnement de forte reprise qu’elle ne manque pas de souligner, l’USS a d’abord avancé un argument sur lequel elle n’avait plus pu s’appuyer depuis plusieurs années: le retour de l’inflation. L’indice des prix à la consommation (IPC) a atteint 0,9% en rythme annuel, en août. Et la tendance devrait se poursuivre, selon le chef économiste de l’USS, Daniel Lampart.

«C’est un taux moins élevé que dans certains autres pays, a relevé le président de l’USS, Pierre-Yves Maillard, mais il suffit à provoquer une baisse des salaires réels, s’ils ne sont pas adaptés. Surtout dans les métiers particulièrement exposés.» Autrement dit, les bas revenus, «qui sont souvent ceux qui ont continué de travailler pendant la crise», a-t-il.

Des primes insuffisantes

«Les héros de la crise, a rappelé avec une pointe d’ironie Beatriz Rosende, ont pensé que leur vie allait changer lorsqu’on les a applaudis au début de la crise sanitaire.» La secrétaire centrale du Syndicat des services publics (SSP) pense bien sûr au personnel de santé. «Mais nous sommes aujourd’hui loin des espoirs qu’avait générés cette reconnaissance. Les grilles salariales n’ont pas bougé. Il y a bien eu quelques primes covid, mais elles ne sont pas suffisantes», regrette-t-elle, en soulignant que l’impossible conciliation entre vie professionnelle et vie privée pousse de nombreuses femmes à «s’enfuir rapidement de ce secteur. Ou à réduire leur temps de travail, et donc leur salaire.»

Certains efforts ont été fournis par les hôpitaux et leur canton respectif – des bons d’achat, des facilités de parking ou de logement provisoire, des primes spécial covid. Mais aucun mouvement de taille n’est à signaler sur le front des grilles salariales. Dans les cantons de Vaud, de Genève ou de Neuchâtel, les personnels de santé ont d’ailleurs déjà manifesté leur mécontentement face à la lenteur, voire à l’immobilisme des autorités au sujet de leur fiche de paie. L’initiative «Pour des soins infirmiers forts», qui passera devant le peuple, vise d’ailleurs à améliorer leurs conditions de travail et leurs rémunérations. Mais elle sera accompagnée d’un contre-projet indirect du parlement qui, lui, exclut justement cette question-ci.

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Parmi les autres secteurs pris à partie mardi par les syndicats figure celui du commerce de détail, qui «sort renforcé de la crise», selon Vania Alleva. La présidente d’Unia pointe la productivité du travail, qui «a augmenté plus que jamais au cours des cinq dernières années. C’est maintenant au tour des salariés d’en profiter.» Dans cette branche, «il y a beaucoup de retard à rattraper». La crise du covid a une nouvelle fois démontré l’importance du commerce de détail pour notre société, a souligné Vania Alleva. «Des salaires, dans de nombreux cas, inférieurs à 4000 francs pour un poste à plein temps, sont simplement beaucoup trop peu.» Unia exige une hausse de 2% des salaires réels, et une augmentation des salaires minimums au-dessus de 4000 francs.

La construction dit non

La responsable d’Unia s’est aussi attardée sur le secteur de la construction, qui «s’est très bien remis et a retrouvé son niveau maximal. Ce sont les travailleurs qui ont rendu cette croissance possible grâce à leur dur labeur quotidien sur les chantiers.»

Une augmentation générale de 100 francs? La Société suisse des entrepreneurs (SSE) juge cette requête «irréaliste». «Aucune augmentation de salaire générale ne serait possible en 2022», souligne sa porte-parole, Corine Fiechter. Le secteur principal de la construction paie de loin les salaires les plus élevés de l’artisanat, relève-t-elle. Et ses PME subissent une concurrence de plus en plus flagrante d’autres branches, comme celle du paysagisme par exemple – sur des travaux de pose de pavés ou de réfection de trottoirs – où les salaires sont nettement moins élevés. Ce qui permet à ces entreprises de proposer des prix bien inférieurs.

Par ailleurs, «les perspectives économiques incertaines incitent à la prudence», ajoute Corine Fiechter. «Les chiffres d’affaires dans le secteur principal de la construction restent inférieurs à 2019. Nous constatons une réticence à embaucher.» Sans exclure des gratifications individuelles à certains employés, la SSE demande aux syndicats d’être plus raisonnables et de se concentrer sur la préservation de l’emploi.

Après une première rencontre ce lundi, les deux parties ont rendez-vous début octobre, puis début novembre.

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