Cohésion d’équipes

La haute montagne, entre collègues, après le bureau

Une entreprise genevoise ne recule devant rien pour favoriser une meilleure complicité au travail. Ses salariés se sont fixé pour objectif de gravir tous les 4000 mètres des Alpes

Le grand air, entre collègues, après le bureau

Haute montagne Une entreprise genevoise a trouvé une idée originale pour favoriserune meilleurecomplicité au travail

Ses salariés se sont fixé pour objectif de gravir tous les 4000 mètres des Alpes

Philippe Rey-Gorrez, fondateur et directeur de l’entreprise genevoise Teamwork, a une passion: les activités de groupe. Et cet informaticien autodidacte, officier de l’armée française à 18 ans, passionné de sport, a appliqué sa recette à son environnement professionnel. Il offre à ses quelque 280 employés spécialistes de logiciels de gestion d’entreprise et de gestion de fortune la possibilité de vivre des expériences plutôt originales hors des heures de bureau, «pour être ensemble et se sentir bien», dit-il.

Cours de cuisine, pièces de théâtre, visites de villes européennes, voile, spéléologie, haute montagne: la maison ne recule devant aucun sacrifice pour ses employés. Or, ces escapades en altitude ont pris une dimension particulière, puisqu’elles se sont transformées en véritable défi au long cours: gravir ­l’intégralité des quatre-vingt-deux 4000 mètres des Alpes tels que recensés par l’Union internationale des associations d’alpinisme.

L’aventure prendra fin cette année. Au total, une cinquantaine d’employés – sur les 200 présents en Suisse et en France au début du projet – auront participé à des sorties montagne et environ 35 auront effectivement gravi l’une des cimes appartenant à la classe symbolique des 4000 mètres, dont de parfaits débutants.

Qu’apporte au travail cet accès à l’altitude et au vide? «Tout le monde a un peu l’appréhension de la montagne, rappelle Philippe Rey-Gorrez. C’est un environnement difficile et la réussite de l’ascension d’un sommet est donc d’autant plus belle. L’alpinisme nécessite la maîtrise du risque, sans quoi on met l’autre en danger, et il implique un véritable dépassement de soi.» La montagne crée aussi des moments d’intimité et de solidarité: «Les gens apprennent à se connaître. On voit son collègue à la peine, et on l’aide. C’est du team building (mise en équipe), mais pas dans un sens forcé, où l’on pousserait des employés à se placer dans l’inconfort. Car ici, l’activité montagne est complètement libre. Nous faisons tout pour que les sorties se passent bien», défend le directeur de Teamwork, qui estime que ces sorties apportent plus de compréhension, de respect et de communication dans l’entreprise.

Sa société de services informatiques, qui sponsorise des sportifs, et notamment la navigatrice genevoise émérite Justine Mettraux (meilleur résultat féminin de la Mini Transat), se charge d’emmener ses employés en montagne en leur offrant un encadrement complet. Sorties d’entraînement, matériel technique, encadrement par des guides, nuits en cabane, les participants n’ont plus qu’à se préparer physiquement et à bien s’habiller, quitte à louer des tenues. Ils suivent les informations relatives aux sorties sur le Wiki (site collaboratif) de l’entreprise, qui est géré par le guide. La question de la sécurité en montagne est abordée avec un maximum d’attention, même si le directeur sait en bon montagnard que le risque zéro n’existe pas et reconnaît qu’un accident aurait des conséquences importantes pour l’entreprise en termes humains mais aussi d’image.

Philippe Rey-Gorrez est pour ainsi dire devenu montagnard à travers ce challenge. En 2003, il gravit le Cervin avec un employé et un guide. L’idée lui vient alors de proposer des sorties régulières. Des courses d’initiation sont organisées aux Dents du Midi, à l’Aiguille du Tour ou, un peu plus dur, sur les Dômes de Miage.

L’envie d’une tournée générale de tous les 4000 des Alpes naît devant un film consacré au célèbre guide de montagne Patrick Ber­hault, fou d’alpinisme, mort en avril 2004 sur une arête entre le sommet bernois du Täschhorn et le Dom (VS) durant sa tentative, en hiver, d’enchaîner les 82 sommets.

Chez Teamwork, expérimentés et débutants ont enchaîné les sorties depuis 2010 sous la houlette d’une guide organisateur. Certaines personnes n’avaient aucune idée de cet environnement extrême. Une quinzaine d’employés environ a finalement renoncé à monter si haut.

D’autres, plus aguerris – mais qui ont élevé leur niveau à travers ces courses – ont gravi des sommets difficiles (l’Aiguille Verte) et une poignée, de très ardus (la traversée des Grandes Jorasses), avec, au besoin, deux jours de libres en pleine semaine pour coller à la météo, les entraînements ayant lieu les week-ends. Le patron, qui a fait les Droites (par la voie de la descente), a donc parfois suivi les conseils d’un employé plus aguerri que lui en montagne.

Cette asymétrie occasionnelle plaît à Philippe Rey-Gorrez, lui qui assure viser dans son entreprise «un maximum d’autonomie et un minimum de hiérarchie».

Les défis extrêmes offrent «un maximum d’autonomie pour un minimum de hiérarchie»

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