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Les hautes écoles croisent désormais le fer à l’étranger

A l’image des entreprises, les universités n’hésitent plus à ouvrir des succursales hors de leurs frontières. Une tendance que la Suisse suit de près sans prendre trop de risques

Les hautes écoles croisent désormais le fer à l’étranger

Expansion A l’image des entreprises, les universités n’hésitent plus à ouvrir des succursales hors de leurs frontières

Une tendance que la Suisse suit de près sans prendre trop de risques

Le phénomène est qualifié de «ruée vers l’or académique»: à l’image des entreprises multinationales, de nombreuses hautes écoles lancent des succursales à l’étranger. Il est ainsi possible pour les étudiants belges de fréquenter la Boston University sans franchir les frontières de leur pays. Ou pour les jeunes Chinois d’obtenir à domicile un diplôme de la Lomonosov Moscow State University.

La création de campus «off­shore» n’est pas une nouveauté: dans les années 1920, la Parsons Fashion School de New York avait déjà eu l’idée de s’exporter à Paris. Reste que, depuis les années 2000, c’est l’explosion. Le Cross-Border Education Research Team (C-BERT) recense actuellement 235 filiales ouvertes dans 73 pays de la planète par les hautes écoles de 32 nations.

Et la tendance ne s’essouffle pas, précise Kevin Kinser, cofondateur de cette structure basée à la State University of New York: «Nous avons connaissance de plus de 20 campus offshore en cours de planification, dont la moitié émanant des Etats-Unis et du Royaume-Uni.» Notons que, par «campus offshore», C-BERT entend une entité au moins partiellement propriété d’une haute école étrangère, qui propose de l’enseignement non digitalisé et donne accès à des programmes académiques complets offrant des certificats reconnus.

A l’ère où les nouvelles technologies ont rendu possible la mise sur pied de formations en ligne comparativement peu onéreuses (lire ci-contre), qu’est-ce qui pousse les universités et hautes écoles spécialisées à investir dans une présence physique à l’étranger? L’un des maîtres mots est «réputation». En étoffant la base de leurs étudiants, les établissements espèrent se hisser dans les incontournables «rankings» internationaux, ce qui, par effet de ricochet, leur permet d’attirer les meilleurs professeurs.

Or, selon une étude réalisée à l’échelle mondiale, moins de 5% des jeunes sont prêts à quitter leur pays à des fins académiques. «A l’image d’une entreprise, si vous voulez être orienté client, vous devez vous rendre chez lui», analyse Dominique Turpin, président de l’IMD à Lausanne. L’école spécialisée dans les cours de management est présente en Asie du Sud-Est sous la forme d’une filiale singapourienne. «L’univers académique est devenu très concurrentiel. Nous sommes obligés de trouver de nouvelles sources de revenus», précise-t-il.

Longtemps cantonnée aux hautes écoles privées, la création de succursales touche désormais aussi les établissements publics, observe Kevin Kinser. L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a ainsi posé en 2009 la première pierre d’un campus à Ras al-Khaimah, dans les Emirats arabes unis. Selon son président, Patrick Aebischer, ce projet était entre autres motivé par le fait que le budget de l’EPFL ne provient plus qu’à hauteur de 60% de la Confédération, contre 80% auparavant.

Reste que ces locaux flambant neufs, censés ouvrir leurs portes en 2013, sont toujours à l’état de projet. Pour l’instant, les étudiants inscrits au programme de master en énergie renouvelable proposé par l’«EPFL Middle East» ne passent que quelques mois sur place, dans un espace de location. Le service de communication de la haute école a beau affirmer que «les objectifs académiques visés au départ ont été atteints» – à savoir la remise de plus de 50 diplômes de master et 12 thèses partiellement réalisées à Ras al-Khaimah –, cet exemple apporte de l’eau au moulin des détracteurs des campus offshore.

L’Université de Genève (Unige) a pour sa part «exclu assez tôt d’ouvrir une branche à l’étranger», souligne Pierre Willa, son directeur des relations internationales. Selon lui, les risques sont trop grands: pertes financières et de réputation pour les maisons mères, entraves à la liberté académique dans des pays aux régimes autoritaires, etc. L’alma mater n’en nourrit pas moins des visées hors des frontières. Créer une succursale «n’est pas le seul moyen» de s’internationaliser, rappelle Pierre Willa.

Parvenant au même constat, les responsables de l’Université de Saint-Gall ont lancé deux représentations outre-mer, à Singapour et à São Paolo. Directeur romand de Switzerland Global Entreprise, Sylvain Jaccard observe que, quelle que soit sa forme, la globalisation des hautes écoles suisses s’accélère. «A l’image des PME, de nombreux établissements académiques viennent désormais nous consulter à ce sujet.» Le spécialiste précise que, pour faire face à la concurrence internationale, les universités ont intérêt à conserver à l’étranger un modèle d’affaires inchangé, centré sur la ri­gueur et la qualité. «Il ne faut en aucun cas brader les diplômes!»

Evoquant des risques trop grands, Unige a «exclu assez tôt d’ouvrir une branche à l’étranger»

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