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La Health Valley, un modèle pour la Suisse

La vallée des sciences de la vie est plus dynamique que jamais. Mais ses acteurs réclament à la Berne politique une amélioration des conditions-cadres

En toile de fond, une grande carte de la Health Valley de Suisse occidentale, sur laquelle figurent des instituts de recherche, des investisseurs, des structures d’aide au financement, et surtout les près de 1000 sociétés qui font de cette région un pôle au rayonnement international. Au terme de la première semaine de session, ses acteurs sont venus présenter à Berne leur bilan en présence du président de la Confédération et ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann.

«La Health Valley, c’est nouveau, ça?», interrogeait un élu alémanique qui passait à la Galerie des Alpes du Palais fédéral avant d’aller déjeuner juste à côté. Non, ce n’est pas nouveau, mais l’anecdote est révélatrice. Les Alémaniques ignorent généralement que l’arc lémanique – et toute la Suisse occidentale dans son sillage – a développé un réseau impressionnant de compétences dans le domaine des sciences de la vie. Au total, 935 sociétés offrant 25 000 emplois, dont quelque 5000 chercheurs et scientifiques spécialisés font de cette région l’une des plus dynamiques du monde dans ce secteur.

Johann Schneider-Ammann impressionné

«Je suis impressionné. Je vous félicite d’avoir réalisé cet écosystème fantastique», s’est réjoui Johann Schneider-Ammann en contemplant cette carte avant de remercier le président de l’EPFL Patrick Aebischer, l’un des principaux artisans de ce succès.

Les chiffres des investissements sont jugés plus réjouissants que jamais. En 2016, 540 millions ont déjà été injectés dans cette région durant les dix premiers mois de l’année. «La Suisse romande est devenue un modèle de développement pour la Suisse», note Fathi Derder, le président du Réseau, un lobby se mobilisant pour les start-up. Aujourd’hui, il ne viendrait plus à personne l’idée de traiter les Romands de «Grecs de la Suisse», comme l’avait fait le magazine Die Weltwoche voici quelques années.

Alors, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes? Eh bien non, justement. C’était d’ailleurs le principal message lancé à la Berne politique lors de cet événement. A l’heure de la révolution numérique, les rythmes s’accélèrent. Pas question donc de s’endormir sur ses lauriers.

Besoin de carburant

«Le moteur est là, mais il a besoin de carburant», souligne Pierre Maudet, président de la Conférence des directeurs de l’économie publique (CDEP) de Suisse occidentale. Ce carburant, c’est aux politiques de le fournir sous la forme de bonnes conditions-cadres. Elles ne sont pas idéales en ce moment, surtout depuis que le peuple a approuvé l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» le 9 février 2014.

Suite à cela, le Conseil fédéral a abaissé le contingent des permis de travail (B et L) pour les pays tiers, soit extra-européens. Il l’a d’abord réduit de 8500 à 6500, avant de le relever tout récemment à 7500. Une correction bienvenue, mais largement insuffisante aux yeux de Pierre Maudet. «Il faut déplafonner ce contingent pour attirer des talents du monde entier», estime-t-il.

«Les talents, ce n’est pas de l’immigration de masse», renchérit Fathi Derder, qui soulève un autre problème. «Je n’ai pas le sentiment que le Secrétariat d’État aux migrations ait une grande sensibilité pour les questions économiques», remarque-t-il. Ses priorités sont trop axées sur l’asile et les dangers que le flux des migrants inspire au monde politique. «On ne pense pas assez aux opportunités que peut représenter l’immigration».

Cri du cœur

Autre cri du cœur sorti de la bouche des créateurs de start-up. «En Suisse, rien n’est fait pour les sociétés en croissance», déplore Jesus Martin-Garcia, président et directeur général de GeNeuro. Cette société biopharmaceutique, l’un des leaders mondiaux dans le traitement des maladies auto-immunes et notamment de la sclérose en plaques, vient de lever 33 millions d’euros (environ 35,5 millionsde francs) en entrant en bourse en France. Son patron a d’une part déploré le manque de culture du capital-risque en Suisse.

D’autre part, il a supplié le Département fédéral de l’économie de ne pas multiplier les tracasseries administratives, comme la comptabilisation du temps de travail des employés. Dans les start-up constamment connectées avec le reste du monde, on travaille jour et nuit.

On peut imaginer que Johann Schneider-Ammann a été déchiré à l’écoute de ces propos. L’ex-industriel qu’il est a certainement acquiescé. Mais le ministre de l’Economie, aussi responsable d’une récente ordonnance sur l’enregistrement de la durée du travail et même des pauses –, a dû moins apprécier la critique.

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