Grande Bretagne

Les hedge funds menacent la City de migrer en Suisse

Un projet de directive européenne, qui plafonnerait le niveau d’endettement, inquiète l’industrie des hedge funds. A Londres, les plus grands de ces fonds menacent de quitter le sol européen, pour aller s’installer notamment en Suisse, rapporte le Financial Times.

Quelques-uns des plus grands fonds spéculatifs de Londres ont averti le Trésor britannique que si le projet de directive européenne pour réguler la finance alternative devait aboutir, ils se verraient obligés de quitter le sol européen. Certains seraient en train d’étudier un déménagement en Suisse ou aux Etats-Unis, rapportait ce matin le Financial Times.

Fin avril, la Commission européenne avait présenté son projet de loi pour la régulation de la finance alternative, c’est-à-dire les hedge funds et les fonds de private equity. Le texte, s’il est approuvé par la majorité des 27 membres de l’Union européenne et par l’Europarlement, contraindrait les gérants de plus de 500 millions d’euros d’actifs, ou plus de 100 millions s’ils recourent au levier, à rendre régulièrement des comptes sur leurs principaux investissements, prises de risques et performances.

La directive se veut aussi très contraignante sur les capitaux minimaux requis. Or une telle limitation du niveau d’endettement rendrait impossibles certaines des stratégies spéculatives les plus courantes chez ces fonds, comme par exemple le «global macro» rendu célèbre par l’investisseur-star George Soros.

«Si cette directive est adoptée telle quelle, une grande partie de l’industrie [financière] va devoir quitter l’Europe», a averti Ian Wace, co-fondateur du fonds Marshall Wace, cité par le FT. Et de regretter encore que le Trésor britannique ne profite pas de la pression actuelle sur les paradis fiscaux pour adopter des lois qui encourageraient les fonds sis aux Caïmans à ramener leurs activités à Londres: «Nous avons aujourd’hui une opportunité de faire revenir toute une part de [cette] industrie en Europe.»

Les autorités financières britanniques, FSA et Trésor, ont cherché à calmer les gérants des plus grands fonds, en leur garantissant qu’elles feraient tout pour lutter contre l’adoption de cette directive, rapporte encore le FT. Selon elles, le projet de loi définit l’endettement de façon si «manifestement ridicule» que le texte ne manquera pas d’être réécrit. Un point de vue partagé par Paul Myners, secrétaire d’Etat britannique aux services financiers (aussi appelé «ministre de la City»), qui accuse la Commission européenne de rédiger des propositions «naïves», sans procédure de consultation auprès des principaux intéressés.

La proposition de loi, défendue Charlie McCreevy, commissaire européen aux marchés et aux services, est critiqué de toutes parts, à la fois par les tenants d’une régulation plus ferme et par les partisans d’une liberté préservée pour les fonds alternatifs.

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