GESTION

Les hedge funds pâtissent du retournement des marchés

Après un excellent début d'année, la performance des fonds alternatifs a plongé dans le rouge en mai. Ils ont été pris de revers par la brusque remontée de la volatilité.

Ce n'est pas encore l'avis de tempête. Mais les signaux concordent: les hedge funds n'ont pas été épargnés par le violent retournement des marchés. Après un très bon semestre, ce mois s'annonce comme l'un des plus des plus difficile pour l'industrie depuis un an. Au 22 mai, les stratégies alternatives avaient en moyenne reculé de 1,95% sur le mois selon l'indice quotidien HFRX Global, plus que les 1,15% engrangés en avril. Sur l'ensemble de l'année, l'indice ne progresse plus que de 2,95%.

Autre signe des temps, l'un des plus principaux «prime broker» au monde, ces partenaires privilégiés des hedge funds auxquels ils offrent des services de back-office, de prêt de titres et de financement, a contacté ses clients pour leur demander «compte tenu des turbulences actuelles» de l'informer sans délais de l'état de leur performance et de leur exposition au risque (levier, sensibilité au marché et à la volatilité). «Une telle requête est tout à fait inhabituelle», commente le responsable d'un fonds concerné, «cela sous-entend une certaine inquiétude».

«Cette phase de correction fait suite à un premier trimestre extraordinaire, le meilleur depuis longtemps», tempère Alexandre Rampa, gestionnaire de portefeuille chez 3A, filiale multigestion du groupe Syz. Pour un confrère, cette correction, qui a touché en premier lieu les marchés de matières premières et les pays émergents serait même «tout à fait salvatrice après les aberrations des dernières semaines. D'ailleurs, les hedge funds sont probablement les principaux responsables des mouvements observés sur ces marchés».

Le marché du crédit à surveiller de près

La baisse des cours n'est pas seule à l'origine de leur contre-performance. «Certains ont subi de plein fouet le changement de régime de la volatilité. Ils s'étaient habitués à la volatilité écrasée des dernières années en ajustant leur politique d'investissement, notamment leur levier (ndlr: recours à l'endettement pour stimuler la performance) en conséquence», explique un gestionnaire. Il semble en effet que les hedge funds aient augmenté leur levier ces derniers temps: parce qu'ils estimaient avoir une bonne visibilité des marchés selon certains spécialistes, pour compenser la faiblesse des taux selon d'autres. Or, «la remontée brutale de la volatilité a mécaniquement fait exploser l'exposition au risque des fonds à fort levier. Pour la réduire, ils ont dû réduire leur levier et donc vendre, ce qui a nourri la chute des marchés».

S'il admet des baisses allant de 2 à 6% suivant les stratégies en mai, Alexande Rampa souligne que «les gestionnaires restent confiants. Ils évoquent une correction technique et réduisent leur exposition au risque, mais sans modifier la structure de leurs portefeuilles en profondeur. Ils jugent que les perspectives des sociétés sont bonnes et que le thème des matières premières reste porteur». D'ailleurs, contrairement aux rumeurs du printemps 2005, aucun spécialiste ne dit avoir entendu parler de fonds ayant souffert de pertes telles que leur survie serait menacée. Louis Zanolin du multigérant Peak Partners affiche la même sérénité: «Tout le monde redoute une forte correction dans l'industrie. Et pourtant, ça n'a pas l'air d'aller si mal. Certes, les fonds actions qui avaient un biais long (ndlr: acheteur) reculent. Mais sur l'année leur performance reste bonne.»

Reste que contrairement aux marchés émergents et aux matières premières, le marché du crédit américain n'a encore guère souffert de la remontée de l'aversion au risque. S'il venait lui aussi à décrocher, alors là, l'heure deviendrait autrement plus grave pour les hedge funds, met en garde un gérant de Genève.

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