Acheter un appareil en bout de course pour en démonter des pièces vendues à prix d’or? Longtemps chasse gardée de courtiers, pilotes et mécanos écumant le secteur aérien, l’aventure commence à attirer les financiers qui disposent d’un atout précieux: savoir compter jusqu’à 2, 4, 10, voire 50 millions. Dans le secteur, hormis certains grands négociants de pièces, peu de monde a les moyens d’avancer l’argent pour un avion d’occasion complet. Les banques? Pas difficile d’imaginer la réponse faite aux originaux proposant d’acheter à crédit un Boeing transformé un mois plus tard en un tas de pièces.

Apollo, le pionnier américain

Hurluberlus? Aux Etats-Unis, Apollo Aviation Group, pionnier du genre établi à Miami, se voit confier près de 1 milliard de dollars afin d’investir dans le démantèlement d’avions, mais aussi dans la location d’appareils ou de réacteurs. Le numéro deux de cette spécialité très particulière, Universal A.M., est, lui, installé à Memphis.

A une tout autre échelle, la firme de conseil en aéronautique RBD a été mandatée par la société genevoise gérant le Aeronautics Fund pour s’occuper du versant opérationnel de ses investissements. Crée il y a un an et enregistré aux Caïmans, ce fonds a réuni 5 millions de dollars auprès de riches particuliers candidats à l’aventure. Les risques sont nombreux: une erreur d’estimation de l’avion peut tout ruiner, tout comme une modification des lois concernant l’utilisation des pièces détachées ou des frais trop élevés de re-certification. Sans compter que les délais de revente du stock de pièces imposent de ne pas retirer ses billes en une fois lorsque celles-ci dépassent 10% de la taille du fonds.

Avant l’acquisition de l’A320 d’Air Australia, un galop d’essai avec un Boeing 737 japonais – la prévente des moteurs allégeait la mise initiale – a permis de «récupérer une plus-value de 35% net sur huit mois», relate Laurent Biousse, administrateur du fonds. Transformer le démontage d’un avion en placement «exige de se focaliser sur quelques centaines de pièces à écouler en douze mois, le but n’étant pas de jouer les Louis la Brocante», poursuit le responsable du Aeronautics Fund.

Les consultants de RBD ont déjà en tête un Boeing 737 parqué en Angleterre disponible le mois prochain, ainsi que deux A320 libres en septembre à Barcelone et Istanbul. Avant, peut-être, d’aller à la pêche au gros, genre Boeing 777. Machine la plus aboutie du moment, ce long-courrier se monnaie 50 millions, au bas mot. Sur le millier d’appareils sortis des chaînes de Seattle, quatre seulement ont fini en pièces détachées. Pour l’instant.