Livre

Hervé Falciani l’affirme: il n’a pas agi seul pour soustraire les données bancaires de HSBC

Titre: Séisme sur la planète finance. Au cœur du scandale HSBC
Qui ? Hervé Falciani
Chez qui ? La Découverte

Hervé Falciani l’admet sans détour: oui, il a soustrait des données informatiques à son ex-employeur, HSBC Private Bank à Genève. Mais dans un livre qui paraîtra jeudi 16 avril dans sa traduction française, il livre une nouvelle version de la saga HSBC: le Franco-Italien affirme ne pas avoir agi seul, mais avoir fait partie d’un «plan», d’une «opération» mise au point dès 2004 par un groupe de personnes. Ce «réseau» de l’ombre serait «animé par des motivations différentes, mais uni par le désir de dénoncer un système bancaire et financier où tout est organisé pour contourner les lois et favoriser une petite élite privilégiée».

Hervé Falciani se montre peu disert sur l’identité des membres de ce groupe. Il évoque des policiers, des membres de services de renseignement, des Américains et des Français, d’autres employés au sein de HSBC, rencontrés à Monaco ou à Genève. Depuis plusieurs mois, au fil d’interviews accordées notamment au Temps, l’ex-informaticien de HSBC avait commencé à évoquer une action de groupe pour révéler «à l’opinion publique et aux magistrats comment fonctionnait le système, en fournissant des preuves».

Au milieu des années 2000, l’introduction de la directive européenne sur l’épargne a constitué «la goutte d’eau qui a fait déborder le vase». Cette directive a mis en place une taxation des personnes physiques. Mais, comme l’ont confirmé des documents révélés par Swissleaks, elle a été largement contournée par les gestionnaires de fortune qui ont proposé à leurs clients de transférer leurs avoirs dans des sociétés offshore.

Dans son livre, Hervé Falciani explique n’avoir jamais voulu vendre les données volées, une version qu’il défend depuis le début de l’affaire; plusieurs documents d’audition français et suisses auxquels Le Temps a pu avoir accès en attestent. Le Franco-Italien soutient également que son voyage au Liban en février 2008 était «organisé pour provoquer le déclenchement par les banques d’une alerte sur la violation du secret bancaire».

Sarcasmes attendus

En Suisse, ce récit va certainement provoquer des sarcasmes. Il s’oppose radicalement à l’appréciation du Ministère public de la Confédération (MPC). Au terme de son enquête, celui-ci s’est dit intimement convaincu qu’Hervé Falciani et sa collègue d’alors Georgina Mikhael s’étaient rendus au Liban pour vendre les données. Le MPC reproche également à l’ex-employé d’avoir «offert à plusieurs autorités étrangères [dont la Direction nationale d’enquêtes fiscales à Paris et un service de renseignement allemand, ndlr] des informations provenant des bases de données» de HSBC. L’acte d’accusation a retenu un «cas grave d’espionnage économique», ainsi que des infractions de soustraction de données, de violation des secrets commercial et bancaire. Le MPC se base notamment sur les auditions de Georgina Mikhael, qui qualifie son comparse de «manipulateur», et de l’employée de la banque Audi à Beyrouth. Le procès pourrait se tenir d’ici à fin 2015 devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone.

Au regard de ce rendez-vous, la version livrée par Hervé Falciani dans son ouvrage n’intervient pas en sa faveur. Au contraire, elle le charge s’agissant des soupçons de service de renseignements économiques. Hervé Falciani détaille en effet des pans de sa collaboration avec les autorités françaises, espagnoles mais également belges, italiennes ou argentines.

Considéré plus souvent comme un traître que comme un Robin des Bois, Hervé Falciani lève enfin le voile sur son enfance. Né en 1972, il a grandi à Monaco. Il découvre l’univers bancaire à travers les heures supplémentaires qu’effectue son père, employé de banque, en particulier après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir: «Il devait travailler tous les week-ends pour compter l’argent que les riches Français envoyaient à Monaco, par peur des socialistes.» «En m’expliquant le système, mon père me faisait comprendre la différence entre la France et Monaco, entre un pays normal et un paradis fiscal», se souvient-il. Un endroit où l’on croise des milliardaires, mais où il ne se sent «jamais considéré vraiment comme un citoyen». Un sentiment qui, des années plus tard et quelles que soient ses motivations initiales, l’entraînera au cœur de l’un des plus grands scandales de l’évasion fiscale.