Le procès Falciani – dit comme cela on pourrait croire au jugement d’un parrain corse – s’est donc tenu la semaine dernière à Bellinzone. Comme attendu, sans le principal intéressé. La personne le plus haïe de la place financière, à égalité peut-être avec Eveline Widmer-Schlumpf, n’a pas osé venir affronter les juges, préférant dénoncer un système «corrompu» à quelques hectomètres de la frontière franco-genevoise.

Plus délicat, et moins attendue, l’absence au procès de la principale témoin de l’affaire. Georgina Mikhael n’a pas jugé opportun de faire le déplacement au Tessin pour révéler à la barre si son ancien amant avait oui ou non cherché à monnayer les données volées à HSBC lors d’un voyage au Liban. La justice devra donc faire sans son témoignage pour dire, au monde entier, si Hervé Falciani doit être considéré comme un simple voleur ou, au contraire, comme un lanceur d’alerte.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le verdict, attendu le 27 novembre, importe peu. D’une part parce qu’Hervé Falciani, s’il devait être condamné, ne purgera probablement jamais sa peine. D’autre part, parce que la place financière a changé – n’est-ce pas elle-même qui le martèle à l’envi? – depuis 2008.

Les nouvelles normes de sécurité informatique rendent ainsi tout vol d’une telle ampleur quasiment impossible aujourd’hui. Mieux: les informations sur lesquelles un informaticien mal intentionné pourrait mettre la main ne devraient, en théorie, ne plus valoir grand-chose aux yeux des fiscs étrangers.

Et c’est là toute l’ironie du sort. Si Hervé Falciani n’est bien évidemment pas le seul fossoyeur du secret bancaire, ni le chevalier blanc qui a permis de passer à l’ère de la transparence, il a toutefois contribué à accélérer le processus. Pour preuve, HSBC est systématiquement cité au rang des établissements les plus en règle à l’heure actuelle.