Selon toutes vraisemblances la Fed montera ses taux directeurs de 0,25% lors de sa réunion de début décembre. Ainsi après avoir déjà mis fin au programme d’achat de bons du Trésor à fin 2014, l’Amérique semble marquer, avec cet événement, la fin des politiques monétaires non conventionnelles, qui aura duré près de 7 ans.

Il est pourtant trop tôt pour l’affirmer, car d’une part cette première hausse de taux pourrait être accompagnée d’un discours de la Fed très prudent, laissant entendre à chacun, que ce cycle de hausse sera très lent et faible. D’autre part, l’économie américaine pourrait arriver à la fin de son cycle de reprise économique en 2017, entraînant alors un nouveau renversement de politique monétaire afin d’éviter une récession.

Compte tenu du cycle de hausse qui aura été court et faible, la marge de manœuvre sur le niveau des taux dont disposera la Fed sera très réduite. On reparlera donc certainement de politiques monétaires non conventionnelles. Les Républicains, qui viennent de voter un texte à la chambre des représentants pour retirer à la Fed la liberté d’intervention sur les taux, auront donc l’occasion de se manifester encore, même si sans s’en rendre compte leur proposition ne peut qu’accélérer l’utilisation de politiques monétaires non conventionnelles.

D’ailleurs, ailleurs dans le monde, et surtout en Europe, cette question de la fin des politiques monétaires extraordinaires ne se pose même pas. Tout au contraire! La BCE envisage en effet d’accélérer son programme d’achat d’obligations voir d’abaisser son taux négatif en direction du niveau… Helvétique! Et qu’importe ce que devra faire alors la BNS.

La voie des taux négatifs ressemble aujourd’hui à une autoroute car les craintes de voir soit la population se ruer sur les billets, soit un effondrement des marges bancaires, ne se sont pas matérialisées. En effet, les banques européennes comme nos deux grandes banques suisses réussissent à maintenir des taux positifs sur les comptes d’épargne grâce à une hausse des taux sur les crédits commerciaux ou hypothécaires. Punir ainsi l’emprunteur plutôt que l’épargnant est aussi aujourd’hui un choix non conventionnel.

Du coté des Etats, c’est l’inverse: ces politiques monétaires favorisent les emprunteurs et elles devraient entraîner des réactions non conventionnelles! L’Europe doit profiter de ces coûts négatifs pour financer le programme Junker afin de mettre à niveau les infrastructures européennes; et non pas encourager les gouvernements à retarder la baisse des ajustements budgétaires ou, pire, à augmenter les charges de fonctionnement de l’Etat! Cette opportunité unique doit être limitée dans le temps et ne financer que des investissements qui amèneront de la croissance plus tard.

En Suisse, les cantons qui vont subir de grosses pertes fiscales si l’initiative sur la baisse des taux d’impositions des entreprises est acceptée doivent également profiter de ces taux négatifs pour financer ces déficits. Se faire payer pour emprunter doit favoriser la pensée hétérodoxe!