Le nom du géant du béton Holcim revient avec une fâcheuse régularité dans la chronique des affaires aux relents douteux. La dernière en date, selon la Neue Zürcher Zeitung de mardi, concerne un tir croisé d'accusations de corruption agitant les autorités de Serbie-Monténégro. Limogé il y a quelques jours, le patron de la banque nationale, Mladjan Dinkic, accuse des membres du gouvernement d'avoir touché des pots-de-vin de Holcim au début de l'année passée, quand le groupe a racheté 70% de la fabrique de ciment de Novi Popovac.

Les personnes visées par Mladjan Dinkic sont Nemanja Kolesar, ex-chef d'état-major du président assassiné Djindjic, et Zoran Janjusevic, conseiller en sécurité du nouveau chef du gouvernement. Le premier a exercé des fonctions dirigeantes à Novi Popovac avant d'en présider le conseil d'administration. Les accusations portent sur des commissions de quelques centaines de milliers d'euros. Les intéressés confirment détenir des montants à l'étranger mais nient qu'il s'agisse de pots-de-vin et ripostent en accusant Mladjan Dinkic d'avoir détourné des millions d'euros sur un compte aux îles Marshall. De son côté, un porte-parole de Holcim dément tout versement à des tiers dans le cadre du rachat de Novi Popovac.

Il n'en reste pas moins que les juristes de Holcim sont très occupés en ce moment. En avril, la filiale allemande du groupe, Alsen, a été condamnée à une amende de 74 millions d'euros par les autorités anti-cartellaires pour entente illicite sur les prix et quotas. Au même moment, une enquête s'ouvrait en Italie contre dix entreprises du béton de la région de Milan – dont Holcim Cementi et Holcim Calcestruzzi –, également pour entente illicite.

En Suisse, l'Office fédéral des transports a ouvert une enquête sur les prix pratiqués par Holcim et Jura Cement, qui se partagent les livraisons de béton pour la construction des tunnels alpins du Gothard et du Lötschberg. La délégation parlementaire supervisant l'énorme chantier bruisse depuis longtemps de rumeurs concernant une surfacturation, dit son vice-président, Andrea Hämmerle. Selon le SonntagsBlick, le surcoût de la tonne pourrait atteindre 30 à 50 francs, soit 120 millions pour tout le chantier.

Au Texas, une filiale de Holcim fait l'objet d'une procédure pour n'avoir pas respecté les prescriptions environnementales. Des plaintes collectives concernant l'amiante se préparent en Italie et en Afrique du Sud. En février dernier enfin, l'actionnaire principal et jusqu'à récemment président du conseil de Holcim, Thomas Schmidheiny, était condamné en Espagne à une amende de 2,2 millions de francs pour un délit d'initié concernant une autre société.