Le 19 janvier 2013, les autorités américaines ont éteint les serveurs de Megaupload.com. Son fondateur Kim Dotcom est accusé de violer les lois sur le droit d’auteur en proposant des contenus piratés au téléchargement. 365 jours plus tard, il revient à la charge en lançant Mega: une plateforme Internet d’échange de fichiers entre utilisateurs abonnés. Son directeur Vikram Kumar analyse les enjeux de l’échange de contenus sur le net.

Le Temps: Deux mois après le lancement de Mega, pouvez-vous nous donner quelques chiffres?

Vikram Kumar: Trois millions de personnes sont abonnées au site et 125 millions de fichiers sont stockés sur nos serveurs. Chaque seconde, un pic de 40 gigas de données est transféré de ou sur Mega [ndlr: l’équivalent d’une centaine de DVD]. Une cinquantaine de personnes font partie de l’équipe.

–… et financièrement?

– C’est plus sensible… Comme nous offrons un espace de 50 gigas gratuitement, la plupart de nos comptes sont non-payants. Et, pour l’heure, nous n’affichons pas de publicité. Actuellement, notre objectif n’est pas de faire du chiffre d’affaires, mais de faire grandir le site. Après, on verra.

– Où se trouvent vos serveurs?

– En Allemagne. L’idée est surtout d’éviter les Etats-Unis.

– Pourquoi?

– La demande d’extradition envers certains membres de l’équipe étant toujours pendante; nous ne voulons pas devoir nous rendre là-bas. Ensuite, à cause du «Patriot Act», [ndlr: loi signée après le 11 septembre 2001 qui permet aux autorités américaines d’avoir accès à toutes données informatiques détenues sur leur sol ou par une entreprise américaine].

– Mega se déclare complètement légal…

– Les intentions de Mega sont complètement légales. Il faut nous voir comme un service d’échange.

– Pourtant, ce matin, en deux clics, j’ai pu télécharger gratuitement le dernier James Bond sur Mega…

Oui, nous avons des problèmes de copyrights. Mais comme nous ne savons pas ce qui se trouve sur nos serveurs, nous ne savons pas si ces contenus sont légaux ou illégaux. Si quelqu’un nous signale un contenu illégal, nous l’ôterons directement.

– N’est-ce pas un peu hypocrite?

Non, nous refusons tout contenu illégal sur notre site. Mais nous ne pouvons pas faire grand-chose. Le problème n’est pas Mega, mais les gens qui utilisent Mega de manière illégale (YouTube a chaque mois 13 millions de réclamations pour des questions de copyrights quand, en deux mois, Mega n’a eu que 500 demandes). Proportionnellement, une grande majorité de l’Internet est utilisée de manière illégale… Vous voudriez fermer l’Internet?

– Non mais ne pourrait-on pas envisager une collaboration avec les distributeurs?

Avant que Megaupload ferme, Kim discutait avec «Hollywood» pour distribuer du contenu légalement. Il prévoit d’ailleurs de lancer de nouveaux sites Internet dédiés à la distribution de contenus. Notre idée, c’est de travailler directement avec les créateurs de contenus plutôt qu’avec des distributeurs qui ponctionnent des marges. La simple notion est complètement dépassée, Internet une «machine à copier» (copying-machine) a tout détruit. Les lois ont été faites quand les copies étaient rares et chères. Il faut les repenser.

– Une piste?

Il faut arrêter de se focaliser sur les copyrights. Au lieu de lutter pour empêcher à tout prix les copies, il faut inventer un nouveau moyen de faire payer l’utilisateur. Le problème est là: personne n’a de réponse. Et ça va être long, vu le nombre de personnes qui travaillent autour de ces questions.

– Est-ce la fin du système de distribution traditionnel?

De très nombreux artistes ne gagnent presque rien avec le système actuel. Les «gens de Hollywood» veulent uniquement maximiser leurs profits et non distribuer des biens culturels. Ces géants ont corrompu le système de copyrights! Et aussitôt qu’ils comprendront comment gagner de l’argent avec Internet, ce seront les premiers à promouvoir la distribution en ligne.

– Il existe déjà de nombreux sites Internet de stockage de données (DropBox, Google Drive, Box.com…), comment se différencie Mega?

– De trois manières. D’abord par le cryptage, puisque, contrairement aux autres sites, sur Mega, le cryptage est fait de manière automatique et en ligne. L’utilisateur n’a pas besoin de télécharger un quelconque programme et nous-mêmes n’avons pas accès aux données stockées sur nos serveurs. Ensuite par la capacité : nous offrons davantage d’espace que nos concurrents (50 gigas gratuit). Finalement par la vitesse, nous avons un meilleur débit.

– Pourtant, de nombreux blogs spécialisés critiquent Mega. Trop lent, trop souvent engorgé, pas assez sécurisé… sans compter les craintes que les Etats-Unis « tirent une nouvelle fois la prise »…

– Il faut d’abord savoir qu’il est très difficile de crypter des fichiers en ligne (sans que l’utilisateur ne doive télécharger préalablement un programme, ndlr). Et si quelqu’un pointe une faille dans la sécurité de Mega et qu’elle se vérifie, nous lui versons une prime de 10 000 euros [ndlr: 12 000 francs]. C’est notre manière de répondre aux blogs qui nous critiquent notre sécurité : « Ne nous disputons pas : pointez nos faiblesses et nous payerons ».

– Et ce système de prime fonctionne?

– En un mois, neuf personnes nous ont reportés des failles de moyenne importance. Tous ont touché quelque chose, jusqu’à 2000 euros.