Au début des années 1990, la Suisse n’était pas encore membre de l’ONU; elle le deviendra en 2002. Mais en cette période, plusieurs initiatives poussaient afin que le pays devienne membre à part entière de la communauté internationale et assume sa responsabilité en tant que l’une des nations les plus prospères du monde.

Daniel Kaeser, alors directeur du Département fédéral des finances, en était un ferme partisan. «Déjà à l’époque, il était très ouvert à un multilatéralisme responsable comme on pourrait en rêver aujourd’hui, se souvient Mario Carrera, ancien fonctionnaire fédéral qui l’avait côtoyé de près. Il était un libéral ouvert et humaniste qui se souciait de la cohésion de la société.» Daniel Kaeser est décédé la semaine passée à l’âge de 88 ans.

Daniel Kaeser, valaisan et qui a fait ses études à Lausanne, est en effet l’un des architectes qui ont mené la Suisse à adhérer aux institutions de Bretton Woods, c’est-à-dire au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. Après neuf ans de tergiversations, la Confédération avait officiellement déposé un projet de loi sur l’adhésion et le peuple a été appelé à donner son avis en 1991.

Un visionnaire et un bâtisseur

Le projet était contesté par une alliance contre nature entre la gauche radicale et la droite nationaliste. Mais en fin de compte, il a passé la rampe. Daniel Kaeser avait auparavant sillonné le pays, expliquant patiemment pourquoi la Suisse avait sa place au sein de ses organisations. Lorsque le pays est devenu officiellement membre des institutions de Bretton Woods, le Conseil fédéral l’a nommé directeur suisse au FMI à Washington. Son acolyte Jean-Daniel Gerber, qui avait également joué un rôle actif dans la campagne en faveur de l’adhésion, était nommé directeur à la Banque mondiale.

Daniel Kaeser a raconté cette histoire diplomatique dans La Longue Marche vers Bretton Woods. Chronique des relations de la Suisse avec le FMI et la Banque mondiale publié chez Georg en 2003. Toute une partie du récit concerne l’«Helvetistan», ce groupe de pays d’Asie centrale sans lesquels la Suisse n’aurait pas eu de siège au comité directeur du FMI et de la Banque mondiale.

Avant la votation, Daniel Kaeser s’était rendu à maintes reprises en Azerbaïdjan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, au Turkménistan et en Ouzbékistan, ces Etats nouvellement détachés de l’ex-URSS, pour les convaincre de s’associer à la Suisse contre une promesse de les accompagner dans le chemin du développement économique. La Confédération respecte encore aujourd’hui la parole donnée à l’époque. Pendant sa retraite, il a continué à voyager en Asie centrale et dans le Caucase.

C’est un grand commis d’Etat, un visionnaire et un bâtisseur qui vient de disparaître.