Pour le marché, c’est un pas en avant dans l’internationalisation du yuan. La monnaie chinoise aura son indice de référence à Hongkong. Le «CNH Hibor» – qui aura le même rôle que le Libor pour les transactions en yuans – sera mis en place en juin dès que les détails techniques seront réglés, a annoncé la semaine dernière le Hongkong Market Authority (HKMA), qui fait office de banque centrale de l’ex-colonie britannique.

Cette décision est intervenue il y a quelques jours, alors que la monnaie chinoise avait atteint peu avant son plus haut face au dollar depuis 1994, date de l’entrée en vigueur du système de change moderne.

Dans une étude publiée la semaine dernière, Goldman Sachs juge qu’il s’agit d’un «pas important pour le développement du marché des taux d’intérêt en yuans à Hongkong. En effet, la littérature académique suggère que l’introduction d’un marché de dérivés est une étape clé pour le développement de n’importe quel marché obligataire.» De fait, le taux de référence devrait permettre de développer des swaps de taux d’intérêt, des options et d’autres dérivés. Pour Goldman Sachs, c’est même un signe que «l’internationalisation du yuan se produit plus rapidement que prévu».

Pour Hongkong, c’est aussi le moyen de prendre de la distance par rapport à ses rivaux de Singapour, Taïwan ou Londres pour dominer le marché du yuan «off­shore» (yuan échangé hors des frontières). En outre, des analystes cités par le Wall Street Journal soulignent que le volume des obligations dites «dim sum» (obligations en yuans émises hors de Chine) a largement augmenté. A l’inverse, celui des emprunts en yuans a crû plus lentement, notamment en raison du manque d’indice de référence et de produits de couverture. Calquée sur la fixation du Hibor en dollars de Hongkong, celle du Hibor en yuans n’aura pas non plus de grande différence avec le Libor londonien, dont la révélation des manipulations a créé un immense scandale. Des taux récoltés auprès de 15 à 16 banques actives dans ce marché permettront de fixer des taux compris entre 12 heures et 12 mois. Goldman Sachs a utilisé les données – déjà soumises par trois, puis 13 banques depuis début 2012 – sur le même modèle que le Libor, soit en enlevant le chiffre le plus petit et le chiffre le plus grand et en faisant une moyenne du reste. Cette étude a permis à la banque américaine d’observer que les taux à court terme sont très volatils. Le taux «overnight» (du jour au lendemain) peut varier de 1 à 5,4%. Les analystes ajoutent que «davantage de transparence pourrait être utile pour aider le fonctionnement du marché, en particulier sur la manière dont les banques soumettent leur taux».

Les autorités ignorent-elles tout des controverses sur le Libor? Pour certains observateurs, un mécanisme «même imparfait vaut mieux que rien du tout». En février dernier, le HKMA a annoncé vouloir prendre dans les six mois des mesures pour renforcer la fixation du Hibor, dont un code de conduite. Mais, plus tôt, en novembre 2012, l’autorité a estimé dans un rapport que les établissements impliqués dans la fixation du Libor n’avaient pas «de motivation significative de mal rapporter les taux».

Pour Rosa Abrantes-Metz, professeure à la Stern School of Business de l’Université de New York et au Global Economics Group, la décision de calquer ce nouveau système sur celui, tant décrié, du Libor est étonnante. Ce d’autant que l’Organisation internationale des commissions de valeurs (Iosco) s’apprête à rendre ses conclusions sur la réforme des indices de référence dans le monde. A l’inverse, elle rappelle que l’Australie a pris ses distances avec ce système et opté pour un taux établi grâce à une compilation de prix effectifs à partir de brokers et de marchés électroniques.

«L’introduction d’un marché de dérivés est une étape clé pour le développement d’un marché obligataire»