Adopter une posture conciliante dans les mots, et neutraliser ses opposants dans les faits. Telle est désormais la stratégie du gouvernement hongkongais qui, après une période où il semblait débordé, semble avoir repris l’ascendant sur les manifestants démocrates. Ce vendredi matin aux aurores s’est déroulé un nouvel épisode de l’offensive des forces de police. Malgré un grave dérapage en milieu de semaine – un manifestant ayant été violemment battu par des policiers sans raison apparente –, les forces de l’ordre ont à nouveau dégagé l’une des zones qu’occupaient les militants démocrates. Un campement du quartier de Mong Kok a ainsi été déblayé, sans rencontrer de résistance particulière puisque la plupart des barricades étaient inoccupées. Les témoins sur place racontent que la population locale manifestait son enthousiasme devant cette opération. La surface occupée par les manifestants a donc été fortement réduite au cours des derniers jours.

Ce mouvement semble avoir eu l’assentiment d’une partie de la population de Hongkong, lassée de subir les perturbations consécutives aux blocages. Il s’est accompagné d’une main tendue de la part du gouvernement: lui qui avait refusé tout dialogue il y a une semaine, au motif que les leaders étudiants appelaient à occuper d’autres lieux, a inversé la tendance hier. Le chef de l’exécutif C.Y. Leung, bête noire des manifestants, a fait savoir qu’il aimerait «entamer un dialogue sur le suffrage universel le plus rapidement possible, et si possible durant la semaine à venir». Après s’être largement illustré, jusqu’à présent, par son mutisme et son incapacité à écouter les opposants, il change de stratégie et se pose en conciliateur, ce qui lui redonne l’ascendant dans le match qui se joue avec les étudiants. Il le fait d’autant plus que la capacité de nuisance des manifestants a fortement diminué, et que ces derniers aborderont donc nécessairement la négociation avec moins de cartes en mains.

Bienveillants en apparence, les propos du chef de l’exécutif n’en sont pas moins ambigus, car lui-même déclarait, dans une récente interview, qu’il ne fallait pas compter sur Pékin pour lâcher du lest sur la question centrale du suffrage universel. Il a beau souhaiter «entamer un dialogue sur le suffrage universel le plus rapidement possible», on voit mal sur quelles avancées substantielles pourraient déboucher ces discussions.

Le japonais Softbank mise 650 millions de dollars sur le «Alibaba» indien

Masayoshi Son, l’impétueux patron du géant japonais des télécoms Softbank, est convaincu qu’il a découvert une nouvelle pépite. L’homme d’affaires qui avait investi quelques millions de dollars au début des années 2000 dans un petit groupe chinois alors balbutiant nommé Alibaba – sa part dans la société est désormais valorisée à plus de 70 milliards de dollars – serait sur le point d’injecter 650 millions de dollars dans la plateforme indienne d’e-commerce Snapdeal, dont il deviendrait le plus large actionnaire. Selon les médias nippons, l’investissement, qui devrait permettre au groupe nippon de détenir plus de 30% de la société indienne, devrait être annoncé dans les prochains jours, à l’occasion d’une visite dans le pays de Masayoshi Son, et se concrétisera ensuite lors d’une émission de nouveaux titres Snapdeal.

Fondé il y a moins de quatre ans, le groupe, qui avait reçu, récemment, le soutien financier d’eBay et du fonds singapourien Temasek, revendique 25 millions de clients et plus de 50 000 vendeurs sur sa plateforme. Softbank qui a déjà investi dans plusieurs start-up indiennes et dans le secteur des télécoms espère pouvoir faire émerger des synergies entre Snapdeal et ces autres groupes. Il pourrait également organiser des collaborations entre la plateforme indienne et le géant chinois Alibaba qui multiplie les solutions innovantes. Malgré des bras de fer compliqués avec les autorités, le marché indien de l’e-commerce, où sont aussi présents Amazon et Flipkart, pourrait atteindre, en 2020, 32 milliards de dollars, selon les projections du cabinet Technopak Advisors. Cela représenterait une multiplication par quatorze de sa taille actuelle.

Tokyo risque une nouvelle brouille avec Pékin et Séoul

Officiellement, le gouvernement japonais cherche à se rabibocher avec ses voisins chinois et sud-coréen qui ne lui adressent plus la parole depuis deux ans. Le Premier ministre, Shinzo Abe, espère même enfin pouvoir s’entretenir, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, avec le président chinois Xi Jinping lors du sommet de l’APEC programmé en novembre à Pékin. Mais cet espoir de réchauffement pourrait être compromis par les récentes initiatives du pouvoir conservateur nippon qui sont perçues comme autant de provocations en Chine et en Corée du Sud. A chaque fois, Tokyo rouvre les vieilles blessures qui empoisonnent les relations dans la région.

Cette semaine, le gouvernement japonais a d’abord tenté d’obtenir la ré-écriture d’un rapport de l’ONU de 1996 portant sur le traitement, dans les années 1930 et 1940, par l’armée nippone des femmes chinoises et sud-coréennes enrôlées de force pour servir de prostituées à ses troupes. Tokyo estimerait que le rapport avait, à l’époque, utilisé un témoignage d’un ancien soldat qui s’est depuis avéré faux et qu’il n’a donc plus de valeur. L’auteur de l’étude a depuis refusé cette demande, expliquant que son enquête s’était appuyée sur de nombreux autres témoignages prouvant les atrocités commises par l’armée japonaise.

Et ce vendredi matin, le chef du gouvernement a, encore, pris le risque de braquer Pékin et Séoul en faisant délibérément livrer un arbre sacré au sanctuaire Yasukuni de Tokyo à l’occasion du festival d’automne de ce lieu de culte shintoïste, considéré par la Chine et la Corée du Sud comme le symbole du militarisme nippon passé. Plus de 100 parlementaires japonais issus de différents partis se sont eux aussi directement rendus sur le site dans la matinée pour rendre hommage aux Japonais décédés lors des grands conflits. Les ministres les plus à droite du gouvernement Abe pourraient aussi se rendre dans le temple au cours du week-end, malgré les mises en garde des chancelleries chinoise et sud-coréenne.