C’est bientôt fini. D’ici quelques semaines, voire quelques mois, Twitter, Google ou Facebook vont certainement perdre 7,5 millions d’utilisateurs potentiels de leurs services. Ces 7,5 millions de personnes, c’est tout simplement la population de Hongkong. De cité-Etat, la mégalopole asiatique n’aura d’ici peu que le qualificatif de cité, la Chine accélérant depuis quelques semaines sa mainmise sur l’ancienne colonie britannique. Ce passage, dénoncé par les Etats occidentaux, sous l’autorité de Pékin aura des conséquences pour les géants américains de la tech, qui vont progressivement se retirer de Hongkong. Non sans avoir fait double jeu pendant des mois face aux demandes de Pékin.

C’est bien la première phase d’un retrait de Hongkong qui se déroule depuis le début de la semaine pour Facebook, Zoom, Microsoft, Google ou encore Twitter. Depuis lundi, tous annoncent qu’ils ne répondront plus aux demandes d’informations sur leurs utilisateurs émanant des autorités de Hongkong. La raison, c’est bien sûr la prise de pouvoir de la Chine sur la ville, qui s’est matérialisée sous la forme d’une nouvelle loi entrée en vigueur lundi. Celle-ci criminalise le fait d’appeler à l’indépendance ou à une plus grande autonomie de Hongkong. La loi vise à réprimer la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères. La police peut contrôler et supprimer toute information en ligne s’il existe des «motifs raisonnables» de penser qu’elle viole la loi sur la sécurité nationale.

Employés emprisonnés

Ce nouveau cadre légal, proche de celui en vigueur en Chine, est jugé inacceptable par les géants américains de la tech. D’abord, concrètement, parce qu’il permet aux autorités d’emprisonner leurs employés locaux s’ils ne se plient pas à ces règles. Ensuite, parce qu’une ligne rouge concernant la liberté d’expression a été franchie. Facebook a ainsi déclaré qu’il voulait «consulter des experts des droits humains».

Ainsi, plus aucune requête concernant des utilisateurs ne sera acceptée par Google, Facebook ou Twitter. Ces demandes sont adressées depuis des années par les autorités de tous les pays à ces sociétés, que ce soit pour supprimer du contenu illicite en ligne ou pour obtenir des informations sur des utilisateurs accusés de crime. La plupart des géants de la tech publient chaque semestre un rapport sur ces demandes, en général acceptées dans 60 à 80% des cas. Prenons Facebook: le réseau social a reçu 241 demandes de la part des autorités de Hongkong lors du deuxième semestre 2019 et y a donné suite dans 46% des cas. Pour la Suisse, le nombre était, sur la même période, de 189 pour 64% d’acceptation. Les Etats-Unis ont quant à eux adressé 51 121 demandes, acceptées dans 88% des cas.

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Apps retirées sous pression

Aujourd’hui, les géants américains de la tech ont beau jeu de dire qu’ils ne veulent plus collaborer avec des autorités de Hongkong jugées trop proches de Pékin. Le discours de ces sociétés était tout autre l’année passée, quand les intérêts de la Chine passaient largement avant ceux des habitants de Hongkong. Apple et Google avaient supprimé des applications, à Hongkong, que Pékin jugeait «toxiques»: le premier avait retiré de son App Store un programme permettant de suivre les mouvements des policiers. Google avait quant à lui supprimé un jeu qui permettait de se mettre dans la peau de manifestants pro-démocratie. Il avait suffi d’un signe de Pékin pour que ces deux multinationales obéissent et retirent ces apps.

Aujourd’hui, le nouveau cadre légal est trop proche de Pékin pour que les géants américains de la tech ne réagissent pas, et s’opposent ainsi de fait à la Chine. Ne pas livrer des données des citoyens de Hongkong aux autorités est salutaire. Mais cette situation est intenable, car jamais Pékin n’acceptera ce manque de coopération. La prochaine étape, c’est donc un retrait total de Hongkong de la part des géants américains de la tech.

TikTok, le premier

TikTok est le premier à avoir franchi le pas. Et le réseau social diffusant des miniclips a de bonnes raisons de le faire: d’origine chinoise – mais inaccessible dans l’Empire du Milieu –, la plateforme est sous la menace d’un bannissement de la part des Etats-Unis. Mieux vaut, pour TikTok, jouer profil bas auprès de Washington et montrer sa bonne volonté.

Bientôt inaccessibles à Hongkong, comme ils le sont depuis des années en Chine, Twitter, Google et Facebook ne sont donc au final que des pions dans le vaste jeu géopolitique mondial. Quand le vent souffle trop violemment, ces multinationales s’adaptent à la loi du plus fort.