Il a payé de sa personne. Lors du sommet européen, Ferenc Gyurcsany est venu en salle de presse répondre en direct. Et pour cause: le premier ministre hongrois est sous pression considérable des marchés, au vu de la plongée de la bourse de Budapest et de la chute libre du Forint. Un sommet économique d'urgence se tient samedi dans la capitale hongroise. L'indice Bux a perdu près de 30% en une semaine et la monnaie nationale près de 20% face à l'euro. Un euro valait jeudi 268 forints contre 231 en juillet.

Cette vulnérabilité a une cause: l'endettement massif du pays et des ménages, sur fond de lourds nuages économiques. La Hongrie est le plus fragile des pays d'Europe centrale, avec la plus faible croissance de la zone, à moins de 2% du PIB en 2008 - contre 6% pour la Pologne ou 8% pour l'Estonie. Son fort déficit public (3,8% du PIB estimé en 2008) et son endettement (66% du PIB) font du pays une cible d'autant plus parfaite pour les spéculateurs que celui-ci, hors zone euro, n'est pas protégé des fluctuations des taux de change.

Le flottement du forint - dont les banques hongroises ont profité pour s'endetter - est donc propice à la panique. «90% des emprunts des ménages sont financés en devises, dont une grande majorité en francs suisses», confirme Zsolt Darvas, de l'Institut Bruegel de Bruxelles. D'où l'effet domino. Le gouvernement hongrois a ainsi échoué mardi à écouler l'ensemble de ses bons d'Etat. Malgré le soutien du FMI et de l'UE, les autorités ont seulement trouvé preneurs pour 35 milliards de forints au lieu de 45. «Tout le monde voulait vendre», poursuit Zsolt Darvas.

Le vent de panique s'est accéléré depuis le 10 octobre, au gré des rumeurs de nationalisation de la première banque hongroise, OTP, et de la limitation des prêts en devises instaurée par deux établissements, Volksbank et MKB. Le gouvernement, qui a démenti vouloir nationaliser OTP, a riposté en offrant une garantie illimitée des dépôts et des prêts interbancaires. Mais à Bruxelles, le premier ministre Gyurcsany a accru l'impression d'un pays économiquement assiégé en demandant à l'Union européenne (UE) d'assouplir provisoirement les critères de Maastricht.

Déficit public ramené à 3,8%

La Hongrie souhaite qu'en période de crise les Etats membres ayant un déficit public inférieur au plafond maximal autorisé de 3% du PIB puissent être libérés de l'obligation d'abaisser encore leur déficit, disposant ainsi d'une certaine marge de manœuvre budgétaire. M. Gyurcsany a aussi demandé que la Banque centrale européenne puisse intervenir pour tous les pays membres de l'UE, membres ou non de la zone euro. La Hongrie a ramené l'an dernier son déficit public à 3,8%, après un pic de 9,2% en 2006.

En plus de cette demande, qui n'a pas encore été exaucée, le gouvernement de Budapest a affiché ses réticences envers le paquet «énergie-climat» sur lequel les 27 doivent se prononcer d'ici décembre. Un mini-sommet sur le sujet, très sensible pour les économies en transition, a réuni en début de semaine sept autres pays autour de la Pologne: Estonie, Lituanie, Lettonie, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie et Roumanie.

La Commission européenne a répondu pour sa part qu'elle s'engageait à utiliser «tous les instruments disponibles pour soutenir la Hongrie pendant cette période difficile, afin qu'elle puisse résister aux pressions de marchés qui se sont fait jour». Zsolt Darvas nuance pour sa part l'impression de faillite hongroise: «La proposition du FMI d'aider Budapest a été mal perçue par les marchés. La Hongrie n'est pas dans l'état de l'Islande.»