«Le système scolaire actuel ne répond pas aux besoins des familles dont les parents sont actifs professionnellement.» Les paroles de la conseillère nationale radicale Maya Lalive d'Epiney résument poliment les tracas et les énervements quotidiens des parents qui travaillent alors que leurs enfants vont à l'école. Entre les communes où les classes enfantines et primaires n'ont pas les mêmes horaires, celles où ces horaires changent carrément de jour en jour, celles encore où il n'existe pas de cuisines scolaires, la conciliation de l'agenda des enfants avec celui des parents est un véritable casse-tête d'organisation. Et encore, «en Suisse alémanique, la situation est pire qu'en Suisse romande: parfois, vous devez récupérer votre enfant après deux heures de cours, l'enseignement est complètement fractionné. Comment voulez-vous travailler dans de telles conditions?», fulmine Maya Lalive d'Epiney.

Le problème est connu, mais globalement la situation évolue peu. Trop lentement en tout cas aux yeux des femmes radicales qui viennent de déposer deux motions au Conseil national et aux Etats. Maya Lalive d'Epiney d'un côté, et Christiane Langenberger, la présidente du parti, de l'autre, demandent l'introduction de «périodes blocs dans toutes les écoles suisses» au niveau maternel et primaire, et cela d'ici à 2007. L'idée d'une journée continue n'est pas trop lourde à mettre en œuvre financièrement, soulignent les députées. Elle permet aux parents de mieux concilier vie professionnelle et familiale, elle «permet de concrétiser l'égalité des chances» et elle «correspond plus que jamais à une préoccupation sociétale très forte». En effet. Aujourd'hui, en Suisse, quelque 70% des femmes ont un emploi et si la population active a augmenté de près de 8% entre 1990 et 2000, c'est essentiellement grâce aux mères de famille qui, dans leur très large majorité, conservent une activité professionnelle, après la naissance de leurs enfants, comme le montrent les dernières statistiques du recensement 2000. Ainsi, par exemple, 40% des femmes âgées de 25 à 45 ans ayant au moins un enfant de moins de 6 ans travaillaient en 1990. Cette proportion est passée à 62,2% en 2000.

Qu'entend-t-on par période bloc? C'est l'idée d'un horaire continu, par exemple, cinq matinées (avec au minimum quatre leçons de suite) par semaine et au minimum un après-midi de deux leçons en continu par semaine. Cela peut sembler peu, surtout si l'on vit dans un canton qui pratique déjà un tel système. «Mais, estime Maya Lalive d'Epiney, ce n'est qu'un premier pas et il faut bien commencer par là si l'on veut arriver à quelque chose. D'autres offres, comme les cantines et la surveillance des enfants après l'école, ne peuvent prendre place que si la première étape est réalisée.» Du côté des enfants, les avantages sont clairs, selon la conseillère nationale: «Le déficit en accueil, en surveillance et en éducation est réduit, un déroulement quotidien bien réglé et bien structuré assure un certain rythme et la compétence sociale, à savoir les relations entre enfants du même âge, est renforcée, particulièrement pour les enfants de petite famille.»

Que les horaires scolaires doivent être améliorés, certains cantons ou municipalité en sont déjà convaincus. Ainsi, à Lausanne, l'expérience d'harmonisation des horaires entre les classes enfantines et primaires, menée depuis trois ans dans certaines écoles, va être étendue à tous les établissements dès la rentrée. Autrement dit, la cloche sonnera à la même heure pour tous (à 8 h 30 et à 11 h 30 le matin, par exemple) alors qu'auparavant, il y avait environ une demi-heure de battement entre le début des cours des petits et des plus grands, et la même chose à la sortie des classes.

A l'école enfantine, le nouvel horaire «prévoit la généralisation d'un congé le mercredi matin et le report des périodes du mercredi sur les quatre autres jours. L'harmonisation entre les différents degrés permet de répondre à une préoccupation exprimée de longue date par les parents contraints à de multiples trajets entre le domicile et l'école, dus à des horaires peu adaptés aux contraintes de la vie familiale et professionnelle des parents», explique Gérard Dyens, le chef du service des Ecoles primaires et secondaires de la ville de Lausanne. Par ailleurs, diverses structures de garde permettent d'accueillir les enfants le matin avant l'entrée en classe, à midi pour manger et de les surveiller après l'école, comme c'est aussi le cas à Genève, par exemple.

A Genève justement, une vaste réflexion sur l'aménagement des horaires est en cours au niveau cantonal. Il s'agit de vérifier, par le biais d'un sondage, leur adéquation avec les besoins des familles et de mieux permettre la conciliation des agendas des uns et des autres. Un groupe de travail géré par le Service pour la promotion de l'égalité entre homme et femme, et réunissant les différents partenaires concernés par la problématique, a élaboré un questionnaire à l'intention des parents d'enfants de 4 à 11 ans. Il sera envoyé en octobre prochain à environ 1000 familles, explique Fabienne Bugnon, la directrice du Service pour la promotion de l'égalité.

Ce sondage permettra notamment de savoir si les horaires scolaires conviennent aux parents, quels changements quotidiens et hebdomadaires seraient les bienvenus, comme par exemple allonger la matinée ou modifier le congé du mercredi. Des questions portent aussi sur la répartition des vacances pendant l'année et sur le travail des mères (taux d'activité, organisation, arrêt de l'activité professionnelle pour s'occuper des enfants).

La problématique est même plus vaste: «Il ne s'agit pas de dire que l'école doit tout faire. Nous réfléchissons aussi à quel type de partenariats il faudrait mettre en place avec les structures parascolaires et périscolaires, comme les associations de musique, de sport, bref, à tout ce qui fait la vie de l'enfant hors de la famille», explique Fabienne Bugnon. Avec cette idée en toile de fond: améliorer la situation pour que tout le monde soit gagnant.