L'éco de la semaine

Horlogerie suisse: les quadras au pouvoir

En trois ans, un considérable renouvellement de génération a eu lieu chez Richemont et plus généralement dans l’industrie horlogère. Mais la vraie révolution n’est pas pour tout de suite

Bilan d’étape. Vendredi, le groupe de luxe genevois Richemont a présenté les résultats décalés de son année 2018-2019. On passera rapidement sur les chiffres, dont la croissance a été jugée décevante par les analystes: ventes en hausse de 27% à 13,99 milliards d’euros et bénéfice net +128% à 2,79 milliards. Des progressions impressionnantes, mais portées par les acquisitions des plateformes de vente en ligne Yoox Net-a-porter et Watchfinder.

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La conférence téléphonique a en revanche été l’une des rares occasions d’entendre le nouveau directeur général, Jérôme Lambert. Officiellement nommé en septembre 2018 (mais en place depuis deux ans), il n’a encore donné aucune interview. Questionné sur les bouleversements considérables qu’a connus Richemont ces dernières années, il a notamment admis que le groupe avait connu une «mue générationnelle». C’est peu dire.

Deux rescapés

En l’espace de trois ans, la quasi-totalité des marques du groupe ont changé de tête. (Oui, la liste qui suit est laborieuse et hache le fil de cette chronique, mais ce mal est nécessaire pour mesurer l’étendue de la métamorphose.)

Cyrille Vigneron a repris la tête de Cartier (janvier 2016), Andrew Maag de Dunhill (janvier 2017), Chabi Nouri de Piaget (avril 2017), Christoph Grainger-Herr d’IWC (avril 2017), Nicolas Baretzki de Montblanc (avril 2017), Louis Ferla de Vacheron Constantin (avril 2017), Catherine Rénier de Jaeger-LeCoultre (avril 2018), Jean-Marc Pontroué de Panerai (avril 2018), Eric Vallat d’Alaïa, Chloé, Peter Millar ou Purdey (juin 2018), Nicola Andreatta de Roger Dubuis (décembre 2018) et Geoffroy Lefebvre (avril 2018) puis David Chaumet (avril 2019) de Baume & Mercier. Les personnes citées ci-dessus ont toutes remplacé des personnes plus âgées. Ce rajeunissement a même débordé jusqu’au conseil d’administration avec la nomination, en 2017, de huit nouveaux membres issus d’horizons très différents.

En fin de compte, Nicolas Bos (Van Cleef & Arpels) et Wilhelm Schmid (Lange & Söhne) sont les seuls patrons de marque à avoir traversé cette période de grande instabilité en conservant la même casquette.

«Brèche générationnelle»

Jérôme Lambert, 50 ans cette année, commente: «Nous savons tous que l’industrie horlogère a beaucoup engagé il y a 20-25 ans, mais que cela a été plus calme il y a 10 ans. Notre structure de management reflétait bien ce phénomène et nous avions une brèche générationnelle de 5-10 ans dans nos équipes. Notre organigramme actuel montre que cela a changé.»

Ce rajeunissement s’observe ailleurs dans l’horlogerie cotée en bourse. Par exemple chez Kering (Patrick Pruniaux, 49 ans, a repris Ulysse Nardin en 2017 et Girard-Perregaux en 2018) ou chez LVMH (Julien Tornare redonne un coup de fouet à Zenith depuis 2017 et TAG Heuer est conduit par le binôme Stéphane Bianchi-Frédéric Arnault depuis novembre 2018).

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Chef depuis 31 ans

Et Swatch Group? Dans ce panorama, le groupe biennois laisse une impression trompeuse. Car deux de ses trois marques milliardaires sont pilotées par les mêmes hommes depuis plusieurs décennies. François Thiébaud a repris Tissot en 1996 et Walter Von Kaenel est le «chef» de Longines depuis… 31 ans (1988).

Dans le trio de tête, seule Omega a donc récemment (2016) changé de visage avec Raynald Aeschlimann, 49 ans cette année. Toutefois, la situation est différente dans le reste du groupe. On retrouve ainsi de discrets quadras ou quinquagénaires à la tête de la plupart des plus petites marques (Matthias Breschan chez Rado, Franz Linder chez Mido, Christian Lattman chez Jaquet Droz, Thierry Esslinger chez Breguet, etc.)

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On peut saluer cette impressionnante cure de jouvence – probablement accélérée par l’arrivée massive des smartwatches en 2015 et les cataclysmes qui frappent la distribution (seconde main, e-commerce). Reste que la vague des quadras n’a pas tout emporté. On sait bien que les vrais patrons restent Johann Rupert, Nick Hayek et Bernard Arnault. Et aucun des membres de ce trio de 203 ans ne semble avoir envie de passer la main.

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