Innovation, créativité, humanité: cette trinité sonne comme un mantra dans la bouche des horlogers indépendants. Depuis mardi, tous se demandent à quoi pourrait ressembler l’après-Baselworld. Bien que le salon ne soit pas encore enterré, les réflexions vont bon train pour trouver une formule de remplacement qui réponde à leurs besoins.

«Pour les petites marques, la disparition de Baselworld serait une très mauvaise nouvelle. C’est une sacrée plateforme de lancement qui permet d’avoir accès aux médias, aux distributeurs et aux fournisseurs de composants», réagit Pierre Guerrier.

Cet ancien de chez Piaget a cofondé la jeune marque Riskers. Si l’organisateur de Baselworld, MCH, parvient à développer un nouveau concept fort, il se dit prêt à tenter l’aventure. Selon lui, la capacité d’innovation sera le maître mot: «Les salons doivent retrouver leur raison d’être, mettre en avant la créativité, devenir des prescripteurs de tendances.» Les organisateurs de la foire annonçaient jeudi plancher sur différents scénarios pour l’avenir du salon.

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Une bonne formule à trouver

D’autres sont en revanche déjà prêts à tourner la page et appellent de leurs vœux un grand rendez-vous annuel à une date unique. Mais sous quelle forme? Pour Manuel Emch, consultant notamment pour Louis Erard et Raketa, se raccrocher au nouveau salon genevois annoncé par Rolex, Patek Philippe, Chopard, Chanel et Tudor n’est pas une nécessité en soi.

«Nous devons trouver un nouveau moyen de nous présenter, avec une approche plus jeune, plus ouverte et interactive que ce qui est proposé actuellement», déclare Manuel Emch. «Ça ne doit pas forcément se faire à Genève, mais à proximité pour faciliter l’accès aux visiteurs», poursuit celui qui qualifie d’hérésie le fait d’avoir deux salons éloignés géographiquement. Pour éviter de multiplier les initiatives individuelles, il a déjà pris contact avec plusieurs marques pour discuter des options possibles.

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Rexhep Rexhepi, fondateur d’Akrivia, plaide quant à lui pour un retour à l’essentiel: «Ces grands rendez-vous doivent montrer le talent des horlogers et des marques.» Dans son cas, l’arrivée d’un nouvel événement à Genève offre de belles opportunités: «Notre atelier se situe en ville. Nous pourrons le présenter au public dans une ambiance plus décontractée et humaine.»

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Trop d’événements tuent l’événement

Le directeur d’Oris, Rolf Studer, insiste en revanche sur l’unité de lieu: «Genève, Bâle, ou ailleurs, peu importe. Mais si chacun fait son événement dans son coin, ce sera contre-productif. L’industrie horlogère suisse a besoin d’un salon unique.» Pour lui, faire se déplacer les détaillants et les clients à plusieurs endroits témoigne d’une certaine arrogance, et d’une incapacité à trouver des solutions communes.

Quelles que soient les formules retenues, elles impliqueront un changement de paradigme selon Rolf Studer: «Organiser une foire uniquement pour les détaillants et la presse, c’est totalement dépassé. Baselworld était critiqué parce que pas assez contemporain. J’attends de voir ce qui sera proposé à Genève. Si on ne fait que déplacer le salon, ça ne sert à rien.»