Apprendre l’art horloger helvétique à Dallas, Manchester, Shanghai ou Hongkong, c’est possible. Dans une dizaine d’écoles réparties sur trois continents, des étudiants sont initiés aux rouages des montres suisses comme s’ils se trouvaient en terre romande. L’offre est appelée à se renforcer.

Baptisées «Institute of Swiss Watchmaking» ou encore «Nicolas G. Hayek Watchmaking School», ces écoles se sont multipliées durant la dernière décennie. Elles sont pour la plupart financées par des entreprises horlogères suisses.

Pour l’après-vente

La raison de ce développement? La crise des années quatre-vingt a entraîné une baisse d’intérêt pour le métier partout dans le monde. Or, aujourd’hui, l’industrie helvétique a grandement besoin de personnel qualifié afin d’assurer le service après-vente dans les pays où elle écoule ses produits.

«Le service après-vente est une préoccupation. Le volume de montres mécaniques vendu à l’étranger connaît une augmentation importante. Après 3 à 5 ans, ces montres ont besoin d’un entretien», indique Maurice Altermatt, chef de la division économique de la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH).

«Le client attend un service proche de lui et rapide. On ne peut pas tout renvoyer en Suisse. On n’en aurait de toute façon pas les capacités. Il faut donc délocaliser et mettre en place des structures pour répondre à cette demande», poursuit-il.

Pour autant, cette évolution n’intervient «pas du tout au détriment des employés suisses. Les activités en Suisse, où a lieu la production, et à l’étranger sont complémentaires», souligne Maurice Altermatt.

Faire face au boom

Les exportations horlogères connaissent une croissance fulgurante. L’an dernier, elles ont établi un nouveau montant record avec largement plus de 20 milliards de francs attendus, contre 19,3 milliards en 2011. En 2001, elles se montaient à 10,6 milliards. Le boom concerne particulièrement les marchés émergents.

Sur le marché asiatique, qui représente désormais plus de la moitié des exportations, «nous nous attendons à devoir effectuer entre 300 000 et 400 000 interventions par an d’ici cinq ans – du changement de pile au démontage d’une grande complication», note Maarten Pieters, directeur du Centre suisse de formation et de perfectionnement horloger (WOSTEP), l’institution qui supervise les écoles horlogères suisses à l’étranger.

Parmi les cinq écoles qui ont vu le jour depuis 2008, quatre se trouvent d’ailleurs en Asie. La dernière, financée par Swatch Group, a ouvert ses portes début janvier à Hong Kong.

Les treize centres de formation du réseau WOSTEP forment actuellement 160 personnes par an. Le cursus correspond à celui du certificat fédéral de capacité (CFC) dispensé en Suisse, soit 3000 heures de cours pratiques et théoriques.

Candidats en surnombre

Et ces établissements n’ont pas de difficultés à trouver des candidats. Swatch Group, qui compte six écoles, reçoit «quotidiennement des demandes de formation», selon sa porte-parole, Béatrice Howald.

«Nous avons plus de demandes que de places disponibles. Le luxe plaît, l’horlogerie est à la mode. Aux yeux des jeunes, elle ne fait pas figure d’industrie du passé», indique Hervé Dumortier, directeur du service client pour le groupe Richemont (Jaeger-LeCoultre, Piaget, IWC, Baume&Mercier, Vacheron Constantin entre autres), qui dispose de trois écoles en Chine, à Hong Kong et aux Etats-Unis.

Ce regain d’intérêt pour le métier d’horloger est de bon augure pour les entreprises. L’offre de formation à l’étranger devrait se renforcer ces prochaines années. WOSTEP songe à Singapour, à la Russie et à l’Amérique latine. Mais surtout a une augmentation des capacités des centres existants.

«Je peux imaginer que nous aurons entre 250 et 300 élèves par an d’ici dix ans. A terme, il devrait y avoir davantage de personnes suivant une formation en horlogerie suisse à l’étranger qu’en Suisse», note Maarten Pieters.