L’Hôtel de la Paix portait mal son nom. C’est celui de l’établissement lausannois dans lequel les hôteliers lémaniques avaient invité les médias, mercredi. Mais l’ambiance est plutôt à la détresse et à la survie. L’invitation à cette conférence de presse donnait déjà le ton: «Bilan avec ou sans perspectives?» La réponse a rapidement été donnée. «Plus les mois passent, plus les difficultés se multiplient», a résumé Stefano Brunetti Imfeld.

Le directeur général de l’Hôtel de la Paix et président d’Hôtellerie Lausannoise a évoqué, en plus du printemps et de l’été compliqués qu’ont traversés les hôtels urbains, le retour de zones rouges exigeant des quarantaines et de nouvelles restrictions sanitaires. A commencer par celles décidées mardi dans le canton de Vaud. «Nous n’avons aucune visibilité, regrette Christophe Zen Ruffinen, président des hôteliers de La Côte et patron de l’Everness, à Chavannes-de-Bogis. J’ai un mariage de 140 personnes ce week-end. Je demande aux mariés de faire un tri dans les invités ou je sépare le mariage en deux salles?» interroge-t-il sans vraiment plaisanter.

Un «tsunami économique pour Genève»

Ils étaient huit – quatre hôteliers et quatre représentants des offices de tourisme – à prendre la parole, les uns après les autres, pour compléter le sombre tableau de cette année 2020. Quantité de chiffres ont été avancés afin de souligner la différence avec la normalité. Par exemple, entre juin et juillet, les nuitées hôtelières de l’Arc lémanique ont reculé de 58%, par rapport à la moyenne des trois dernières années.

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Pour Genève, «c’est un tsunami économique. On s’attend à une chute des nuitées de 75% en 2020. Un retour aux chiffres de 1954, lorsqu’il y avait deux fois moins d’hôtels», a comparé Thierry Lavalley. Le patron du Fairmont, président de la Société des hôteliers de Genève, «ville la plus touchée de Suisse» par l’effondrement du tourisme d’affaires, a osé la métaphore: «Nous sommes aux soins intensifs, notre pronostic vital est engagé.»

Des soutiens efficaces mais insuffisants

Avec son établissement situé à Vevey, Nicolas Ming s’en sort un peu mieux. Mais pas bien. En juillet et août, le taux d’occupation de l’hôtel Astra a atteint 30%. Et il faudrait 50% pour être rentable. «Notre chiffre d’affaires atteindra environ 3 millions de francs cette année, contre 8,5 millions l’an dernier», poursuit Nicolas Ming qui craint pour ses liquidités et un potentiel surendettement. La fermeture du Richemond à Genève, cet été, n’a pas été mentionnée mercredi. Mais la menace d’autres décisions similaires, voire de faillites pures et simples a traversé les discours.

Jusqu’ici, le secteur hôtelier a bénéficié de plusieurs aides. Le chômage partiel, mais aussi les crédits-relais «qui sont bientôt entièrement utilisés», selon Stefano Brunetti Imfeld. Il y a aussi eu des aides cantonales qui ont permis aux établissements d’offrir des bons ou des réductions. Des soutiens qui ont montré leur efficacité. Mais qui ont leurs limites, au vu de la gravité de la situation.

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Cette conférence de presse servait aussi à lancer un appel aux autorités fédérales et cantonales. D’un point de vue financier, l’hôtellerie de ville demande la création d’un fonds de soutien «à fonds perdu» de plusieurs dizaines de millions de francs.

Le poids des congrès

En plus des propositions des Chambres fédérales pour prolonger certaines aides spécial covid, des «réflexions sont en cours au sein des cantons, que les départements fédéraux de l’économie et des finances sont en train de sonder», indique Andreane Jordan Meier, cheffe du service vaudois de la promotion de l’économie et de l’innovation (SPEI). «L’hôtellerie, et notamment de ville, est clairement identifiée comme un secteur qu’il faut soutenir. Mais parler d’une aide à fonds perdu est prématuré, prévient-elle. Nous ne savons pas quelle forme ce soutien pourrait prendre.»

D’un point de vue sanitaire, la branche demande de prendre toutes les mesures possibles pour que les régions pourvoyeuses de clients étrangers – France et Royaume-Uni en tête – soient sorties de la liste rouge. Autre requête, le soutien financier aux infrastructures de congrès et de transports. Un enjeu capital pour la région lémanique. Un exemple: à elle seule, l’annulation du Salon de l’auto à Genève a fait disparaître 30 000 nuitées des carnets de réservation.