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Tourisme

Les hôteliers veulent miser sur l’originalité pour attirer les touristes cet hiver

Malgré la force du franc suisse, certains établissements prévoient une bonne saison hivernale. Les offres innovantes se multiplient

Pour attirer les touristes cet hiver, les hôteliers parient sur l’originalité

Tourisme Certains établissements prévoient une bonne saison hivernale

Des offres innovantes se multiplient

Comment les hôteliers s’adaptent-ils à la fin du taux plancher et quelles mesures originales ont-ils décidé de mettre en place pour attirer les touristes cet hiver? Certains hôteliers pleurent, d’autres misent sur l’originalité pour attirer la clientèle.

L’abandon du taux plancher face à l’euro par la Banque nationale suisse (BNS) à la mi-janvier et l’appréciation du franc continuent d’être pointés du doigt par le secteur. «Nous avons senti un premier repli cet été», note Pierre­-André Michoud, vice-président d’hotelleriesuisse. Au premier semestre, le nombre de nuitées a diminué de 0,6% en rythme annuel, à 17 millions d’unités. Les visiteurs du continent européen, en particulier, ont boudé la Suisse, avec un repli de 8%. Quant aux hôtes indigènes, ils affichent en revanche une hausse de 0,9%, à 7,7 millions d’unités, selon les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique.

Des touristes plus exigeants

«Nous nous attendons à un deuxième à-coup cet hiver, même si l’euro remonte un peu par rapport au franc suisse. Les hôteliers sont tendus, essentiellement en montagne, où il faut ajouter le facteur météo. On risque d’avoir beaucoup de réservations de dernière minute», précise Pierre-André Michoud. Son association, qui compte près de 2000 membres, plaide pour le chômage partiel afin d’offrir plus de flexibilité en matière d’emploi. «C’est un véritable casse-tête, notamment en matière de planification et d’engagement. Et si les hôtels emploient moins de personnel, cela risque de péjorer la qualité du service.» Et d’ajouter: «Comme les touristes paient plus cher qu’en Autriche, par exemple, ils sont plus exigeants. Etant donné qu’on ne peut pas baisser les prix, il s’agit d’offrir un service d’exception.»

Certains hôteliers sont optimistes pour cette saison d’hiver. A l’exemple de Francis Barlier, directeur de l’Hôtel du Pillon aux Diablerets, un établissement historique de 15 chambres. «Je ne ressens pas la hausse du franc suisse. J’ai même augmenté le prix de la chambre, de 200 à 250 francs, pour la période de Noël. Ma seule inquiétude, c’est la neige. La crise du secteur permet de se remettre en question, estime-t-il. Il faut créer une ambiance de niche et offrir du rêve. Le choix du mobilier, la décoration et le contact humain ont toute leur importance. Nous n’avons pas de spa, mais nous skions parfois avec nos clients et privilégions le contact humain.»

Lire aussi. Comment l’hôtellerie suisse se distingue pour survivre

Plusieurs hôtels jouent la carte de l’originalité pour cette saison 2015-2016. Ainsi, les hôteliers de Montreux-Vevey-Riviera proposent la troisième nuit à 1 franc. Des hôtels chics destinés aux familles ont décidé de s’unir en lançant un nouveau label «Premium Swiss Family Hotels», dans le but de promouvoir leur «excellence» dans ce domaine. Les hôtels affiliés doivent notamment proposer la possibilité de faire garder les enfants par du personnel qualifié, au moins une dizaine d’activités pour les petits et trois pour toute la famille et doivent disposer d’au moins deux infrastructures pour le sport et les jeux.

Dans les stations de ski, les hôteliers vantent les bienfaits de la collaboration avec les commerçants, les restaurants, les remontées mécaniques et les offices du tourisme. Certaines stations l’ont déjà compris. Ainsi, par exemple, la station de Grächen (VS) maintiendra son cours à 1,3 franc pour 1 euro entre le 9 et le 23 janvier ainsi que du 5 mars au 9 avril 2016. Ce cours s’appliquera aux hébergements en hôtels, en appartements, mais également aux abonnements de ski et aux achats en magasins de sport, de souvenirs ou auprès des écoles de ski. Plusieurs stations proposent le ski gratuit pour les enfants jusqu’à 9 ans, à l’exemple de Gstaad (BE) ou des Alpes vaudoises. Arosa (GR) inclut l’école de ski dans le prix du séjour pour les enfants jusqu’à 17 ans. Davos Klosters propose du 21 novembre au 20 décembre des abonnements de ski gratuits pour les hôtes séjournant au moins une nuit dans les hôtels ou les appartements de vacances participant à l’opération.

Prix indexés sur la fréquentation

Autre idée originale: Saas-Fee (VS) propose du 4 décembre au 18 décembre un retour dans les années 80, avec les prix d’alors. Quant aux 4 Vallées (VS), une grille tarifaire dynamique sera mise en place cet hiver, avec des semaines à prix réduits en fonction de la fréquentation des skieurs. «Nous mettons en place le yield management, qui consiste à fixer le prix en fonction de la fréquentation. En outre, pour pousser la vente par Internet et réagir aux évolutions de consommation de notre clientèle, nous proposons 5% de réduction aux skieurs qui achètent leurs forfaits en ligne dix jours à l’avance», précise Virginie Barras Schelker, responsable marketing du domaine skiable des 4 Vallées.

Jean-Yves Blatt, directeur de The Chedi Andermatt, un établissement de luxe qui compte cinquante chambres et cinquante suites, est aussi optimiste pour cet hiver. «L’été a été remarquable. Nous nous attendons à une excellente saison hivernale, prévoit-il. Nous avons compensé le léger repli de la clientèle européenne par une clientèle indigène.»

L’établissement, qui n’a pas plus de dix-huit mois d’existence, a notamment décidé de se faire connaître en Suisse romande, via le site communautaire Qoqa.ch. Un grand nombre de formules à prix préférentiel, comprenant chambre, accès au spa et restaurant gastronomique, a été vendu. «C’est une opération marketing qui a eu beaucoup de succès et que nous allons renouveler. Aujourd’hui, les méthodes de consommations sont différentes qu’il y a cinq ou dix ans. Il s’agit de s’adapter à cette nouvelle clientèle, qui n’hésite pas à manger aussi bien dans un fast-food que dans un restaurant gastronomique, fait remarquer Jean-Yves Blatt, qui prévoit d’agrandir son établissement. Il s’agit aussi de compenser le tourisme européen en visant une clientèle plus lointaine, provenant notamment d’Asie.»

D’autres palaces sont passés par Qoqa.ch. On peut citer le Victoria Jungfrau Grand Hotel à Interlaken, l’Hôtel Palafitte à Neuchâtel ou les Trois Couronnes à Vevey. Ce dernier a par exemple proposé des chambres pour deux personnes à 399 francs, avec accès au spa et repas gastronomique avec trois plats. «Les hôteliers touchent 80% du montant à l’avance. Nous leur offrons de la visibilité et les hôtels bénéficient d’un taux d’occupation garanti. Les qoqasiens sont des épicuriens. Ils consomment quand ils passent un séjour dans un hôtel», souligne Pascal Meyer, fondateur du site qui touche une commission comprise entre 30 et 90 francs sur chaque transaction.

Beaucoup d’hôteliers s’accordent à dire qu’il faut offrir un paquet de prestations de services particulièrement intéressant à un prix attractif. En revanche, abaisser les prix n’est pas une solution. Anne Southam, à la tête du groupe hôtelier Hôtels et Patrimoine, s’indigne face aux hôteliers qui baissent les prix. «Un hôtelier travaille avec des charges qui sont fixes à 98%. On n’attire pas plus de clients en faisant du low-cost. Une ville comme Lausanne n’est pas en concurrence avec Barcelone», rappelle­-t-elle.

Enfin, il faut encore mentionner le fait que les hôteliers ne peuvent pas contourner les agences de voyages en ligne, de type Booking.com ou Expedia.com, devenues des acteurs centraux. Les commissions versées à ces agences par des hôtels suisses atteignent entre 90 et 130 millions de francs chaque année, selon une étude menée par l’Observatoire valaisan du tourisme. Anne Southam considère toutefois ces sites comme incontournables, même s’ils entraînent un manque à gagner. «Environ 49% de nos nuitées sont réservées via ces sites. Ce sont les Migros et Coop de l’après-guerre qui ont modifié la structure du commerce de détail. Nous leur reversons entre 10 et 15% de commission.»

Le franc fort et autres reproches

D’autres hôteliers se montrent en revanche pessimistes sur l’avenir de nombreux hôtels de montagne. Kurt Baumgartner, qui possède trois établissements à Scuol (GR), estime que des centaines d’hôtels vont fermer ces prochaines années en raison de la fin du taux plancher. «Dans les zones de montagne, la branche constate un taux d’occupation d’environ 30% seulement. C’est un peu comme si dans une entreprise, les machines ne fonctionnaient qu’un jour sur trois», a-t-il déclaré dans le journal dominical alémanique Schweiz am Sonntag.

Si la force du franc est pointée du doigt par les hôteliers, les touristes, pour leur part, n’hésitent pas à faire des reproches au service helvétique, à travers les courriers de lecteurs et les forums consacrés au voyage sur Internet: pas de sourire, manque de flexibilité sur les horaires dans les restaurants, lenteur dans les prestations.

Des reproches qu’admet volontiers Anne Southam. «Nous avons perdu le petit supplément d’âme helvétique, qui a pourtant un grand potentiel. Nous devons réapprendre à sourire à la clientèle ou, simplement, demander ­­si elle a fait bon voyage, rap­pelle-t-elle. Les chambres doivent être régulièrement rafraîchies et offrir une literie et des équipements irréprochables. En outre, il ne s’agit pas de faire des économies de bouts de chandelle, mais d’offrir des petits plus, à l’exemple de bouteilles d’eau en chambre, de billets pour les transports publics et de faire des efforts sur les petits-déjeuners, en proposant par exemple des produits régionaux.»

«La crise du secteur permet de se remettre en question. Ma seule inquiétude, c’est la neige»

«Nous fixons désormais le prix en fonction de la fréquentation des skieurs»

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